Chaque printemps, le spectacle de Q Dance, présenté en collaboration le Royal Winnipeg Ballet, est très attendu. C’est l’occasion de suivre l’évolution du chorégraphe de réputation mondiale Peter Quanz et de découvrir les nouvelles tendances du ballet classique contemporain. Cette année, il était présenté au Burton Cummings Theatre, du 1er au 3 avril 2016.

Comme il y a habitué son public, Peter Quanz a monté un spectacle très diversifié, comprenant des créations récentes, dont deux premières mondiales, et des reprises de chorégraphies présentées antérieurement, plus ou moins retouchées.

Qu’il s’agisse de grands ballets ou de brèves chorégraphies, Peter Quanz explore toutes les possibilités d’expression du corps humain avec une créativité exceptionnelle, sans rejeter complètement le style du ballet classique. Dans plusieurs de ses pièces, les danseurs évoluent comme des sculptures vivantes. Sa chorégraphie du ballet Rodin/Claudel pour les Grands Ballets Canadiens de Montréal, que nous avons vu à Winnipeg il y a deux ans, fut mémorable à cet égard. Il a réussi à reproduire plusieurs sculptures de Rodin, qui engageait souvent des danseurs professionnels comme modèles. On sent d’ailleurs une grande similarité entre le travail du sculpteur Rodin, qui travaillait la matière pour figer l’expression corporelle dans un bronze, et celui du chorégraphe Quanz, qui libère le corps pour le mettre en mouvement. La plupart des chorégraphies brèves de Peter Quanz ne racontent pas une histoire mais expriment des émotions, des sentiments, la complexité des relations avec les autres et l’environnement par des mouvements complexes du corps, sur des musiques de tous les genres, allant du baroque au contemporain, du classique au populaire.

Sa toute nouvelle création présentée en première mondiale, un pas de quatre intitulé 1490, est dansée sur Anonimous, une musique hip-hop associée au collectif d’internautes anonymes agissant pour la liberté d’expression sous toutes ses formes. Le programme ne donnait malheureusement aucune explication sur la genèse et le titre de l’œuvre. On pourrait interpréter la chorégraphie de Quanz comme un plaidoyer pour la liberté d’expression, mais il arrive parfois que l’on prête aux artistes de fausses intentions. Le plus souvent, le but de l’artiste est de créer de la beauté et de susciter des émotions, nous laissant libres de les interpréter selon notre propre imagination.

Sans Titre a été chorégraphiée pour Kathleen Hiley, danseuse de ballet contemporain, qui l’a créée à Winnipeg lors d’un spectacle solo le 12 février 2016. Symphonic Poem of Three Notes, du compositeur de musique classique chinois Tan Dun, est une musique au caractère primitif qui semble jaillir des débuts de l’humanité. La chorégraphie de style moderne évoque la formation du corps à même la terre, qui s’anime et prend lentement conscience de lui-même et de son environnement immédiat, qui entend et émet ses premiers sons.

Rebecca King et Amar Ramasar dans Blushing, 2015 Crédit photo : Dave Friedman
Rebecca King et Amar Ramasar dans Blushing, 2015
Crédit photo : Dave Friedman

Peter Quanz explore aussi beaucoup l’aspect émotif des relations humaines. Il a reprogrammé le duo Blushing, qu’il avait présenté en première winnipegoise en juin 2015. C’est une chorégraphie qui a été écrite pour Rebecca King, soliste du Ballet national de Finlande, et Amar Ramasar, premier danseur du New York City Ballet, qui l’ont créée au Youth America Grand Prix’s Gala à Orange, Californie, le 15 août 2014. Inspirée par Young and Beautiful de Lana del Rey, dans un arrangement et une interprétation de Bryson Andres, elle évoque la timidité, la beauté et la fragilité des débuts d’une relation amoureuse. C’est une danse corps-à-corps d’une grande beauté plastique, dans laquelle les formes se moulent les unes dans les autres et se défont, d’une sensualité tendre et réservée. Elle a été superbement dansée par Saeka Shirai et Yue Shi, du Royal Winnipeg Ballet.

La chorégraphe Heather Myers, diplômée de l’école professionnelle du RWB, a présenté la première mondiale de son ballet In the Wake, sur Solaris de Ben Frost et Daniel Bjarnason. Ce très beau pas de six de tendance “nouvel âge” évoque un état d’illumination, un voyage rêvé dans un monde idéal, extraterrestre. Le mouvement est léger et joyeux, comme si un état d’apesanteur permettait de dépasser les limites corporelles.

Le généralement très sérieux Peter Quanz avait surpris son public, en novembre 2013, lors de la création de son ballet burlesque Murder Afoot (qu’on pourrait traduire “Histoire d’un meurtre”). Le ballet raconte comment la zizanie s’installe dans une compagnie de ballet suite à l’arrivée d’une jeune danseuse et en pousse les membres à s’entretuer. La musique est un montage d’extraits d’ouvertures d’opéras de Rossini et de la Danse des heures de l’opéra La Gioconda, d’Amilcare Ponchietti. Elle évoque le caractère tragique de l’histoire alors que la chorégraphie caricaturale de Quanz accentue avec une ironie incisive les perversions des protagonistes. Dans cette version, Quanz a accentué davantage le caractère burlesque de certaines scènes. Les projections vidéo en noir et blanc, captées en direct par la vidéaste Kayla Jeanson, de ce qui se passe hors scène et aussi parfois sur scène, élargissent l’espace physique et temporel de l’action, nous rappelant les films de l’époque du cinéma muet.

En plus de ceux déjà nommés, les danseurs Émilie Durville, Philippe-Alexandre Jacques, Sylvain Larouche, Josh Reynolds, Liam Saito, Jo-Anne Sundermeier et Jaime Vargas ont participé à cette belle soirée de danse.

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