La Liberté ÉDITO

Par Bernard Bocquel

la-liberte@la-liberte.mb.ca

La Liberté du 7 septembre  2016

Voici venu le temps de la rentrée scolaire et universitaire. À compter de maintenant, pour la plupart des Manitobaines et Manitobains, jeunes ou vieux, l’été est terminé. Tout ça parce que quelqu’un a décidé un jour qu’il existait un lien entre le retour à l’école et la fin d’une belle saison.

Le besoin de mimétisme chez les humains a fait le reste. D’autres personnes ont admis ce lien, l’ont fait leur, et répété comme une immuable vérité. C’est ainsi qu’à la longue, inexorablement, n’importe quelle fausse idée finit par se répandre jusqu’à s’imposer comme une évidence.

C’est ainsi aussi que le pissenlit, l’un des premiers signes floraux annonciateurs du printemps, est devenu victime des fabricants de produits chimiques. Ce grand remède aux multiples propriétés, présent dans les pharmacopées du monde entier sous le nom de Taraxacum, a été rabaissé au rang de vulgaire mauvaise herbe.

En l’occurrence, il suffisait aux vendeurs de pesticides et d’herbicides de faire croire au jardinier en herbe qu’une pelouse digne d’admiration devait rester d’un vert uniforme. L’orgueil du client est un précieux allié de bien des commerçants, tant il court-circuite le gros bon sens.

Mais il se trouve que bien des herbicides et des pesticides s’avèrent à un degré ou à un autre dangereux pour la santé. Entre les mains de personnes qui ont fréquenté l’école pour apprendre à raisonner correctement, à développer créativité, esprit critique et sens moral, pareilles informations mènent parfois jusqu’au militantisme.

Manitoba Eco-Network, le groupe parapluie qui coordonne les activités des organisations environnementales manitobaines, avait obtenu du gouvernement Selinger l’interdiction de certains produits chimiques qui contrôlent les plantes jugées indésirables dans les pelouses. Des groupes de pression ont profité de l’arrivée au pouvoir du gouvernement Pallister pour s’attaquer à cette interdiction de produits dits « à usage cosmétique ». En juillet, la ministre du Développement durable Cathy Cox a annoncé que son gouvernement s’engageait à trouver le juste équilibre entre la protection de l’environnement et l’esthétique des espaces verts dans nos communautés. (1)

Une vision de l’esthétique de la verdure apparemment menacée, comme l’avait expliqué au Free Press le 19 juillet dernier un certain Tim Muys, propriétaire de Green Blade Lawn Care : « Depuis la mise en place de l’interdiction, les mauvaises herbes sont hors de contrôle à Winnipeg. » Le comble c’est que cet entrepreneur veut que seuls les professionnels puissent se servir des herbicides dits traditionnels, pour éviter leur sur-utilisation.

Les éditeurs du Larousse avaient adopté le pissenlit mûr comme symbole de leur envie de semer à tous les vents les connaissances contenues dans leur dictionnaire. Aujourd’hui, le pissenlit en pleine majesté pourrait bien symboliser l’exigence de former l’esprit critique, qui fait tant défaut et qui devrait pourtant donner à toute école digne de ce nom sa vraie raison d’être.

Outre sa beauté, le pissenlit rappelle que les mots ont une origine, des racines; que ces mots sont le fruit de l’observation et de l’imagination des humains. La plante est diurétique, puisqu’elle invite à pisser au lit. Elle est évocatrice aussi, puisqu’elle est dents-de-lion, Dandelion. En salade, elle est gastronomique. Vinifiée, elle est un brin alcoolisée.

Le pissenlit mérite d’être chez lui dans toutes les cours d’école où règne le perpétuel été de la connaissance.

(1) Les Manitobains ont jusqu’au 12 septembre pour remplir un sondage en ligne pour commenter sur l’interdiction des pesticides ou envoyer leurs opinions par courriel à : pesticide.review.2016@gov.mb.ca.

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