L’évènement musical le plus important à Londres en été est le festival BBC Proms, une série de 75 concerts présentés à guichet fermé au Royal Albert Hall et une quinzaine de concerts hors-série ailleurs dans la ville et le Royaume-Uni, tous diffusés par la BBC. Y sont invités des orchestres, des chefs et des solistes de grande renommée.

20160727_151955Le Royal Albert Hall est un immense aréna inauguré en 1871 en l’honneur du Prince Albert, époux de la Reine Victoria. Il a une capacité autorisée de 5544 places, mais 9000 personnes s’y seraient déjà entassées. On y présente une grande variété de spectacles musicaux et autres, même des matchs de tennis.

Les places assises pour la série Proms sont toutes vendues longtemps à l’avance par Internet. Ces places sont dans les gradins entourant l’arène. Des billets bon marché sont offerts le jour du concert pour des places debout dans l’arène, où s’entassent des centaines de personnes dans ce qu’on désigne habituellement, dans les salles de concert, comme le parterre. Le mot prend ici son vrai sens, plusieurs personnes écoutant le concert assises par terre.

Malgré la forme de la salle et son immense volume, l’acoustique y est excellente. Qu’on soit assis dans les hauteurs vertigineuses du Rousing Circle, ou dans la section des chœurs, au-dessus de l’orchestre, on entend tout sans effort d’attention. Les pupitres de l’orchestre sont espacés sur plusieurs niveaux sur l’immense scène, ce qui permet peut-être d’obtenir une meilleure sonorité, et de bien voir les musiciens.

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De passage à Londres pendant le festival, j’ai pu assister à trois concerts. Le 25 juillet, le Festival d’opéra de Glyndebourne a présenté pour la première fois en entier l’opéra Le Barbier de Séville de Rossini lors de sa traditionnelle visite aux Proms. C’était une présentation avec costumes mais sans décors, devant l’orchestre, dans une mise en scène de Sinead O’Neill parfaitement adaptée à la configuration de la scène du RAH. Elle a fait participer de façon originale et humoristique le chef d’orchestre et des musiciens à quelques tableaux. Ce fut un spectacle éblouissant et captivant.

Le jeune baryton allemand Bjorn Burger, Figaro, a brillé autant par la qualité de son chant que celle de son jeu. Il a conquis l’auditoire d’entrée de jeu avec une interprétation époustouflante de l’aria Largo al factotum : la voix était superbe, le débit très musical et la diction italienne parfaite malgré le rythme extrêmement rapide. Danielle de Niese, soprano, interprétait Rosina pour la première fois. Ce rôle est généralement dévolu à une mezzo soprano. Elle a merveilleusement chanté, même si elle était généralement limitée au bas de son registre. Au deuxième acte, on a inclus pour elle l’aria Ah! Se è ver che in tal momento que Rossini avait composée pour le soprano Joséphine Fodor-Mainvielle, qui monte au ré aigu. Elle l’a chantée parfaitement, démontrant une grande virtuosité. Elle est aussi une formidable actrice. Le baryton Alessandro Corbelli, Bartolo, le ténor Taylor Stayton, Altamira, le soprano Janis Kelly, Berta, et tous les autres membres de la distribution ont excellé. Le London Philharmonic Orchestra, orchestre résidant du Festival d’opéra de Glyndebourne, était dirigé par Enrique Mazzola.

Le 27 juillet, l’orchestre national du Pays de Galles de la BBC, sous la direction de Jac van Steen, a interprété La Péri de Dukas, Concerto pour violon de Michael Berkeley, et de larges extraits de Roméo et Juliettte de Serge Prokofiev.

La Péri débute par une retentissante fanfare jouée par l’ensemble des cuivres. Le chef parfaitement contrôlé le rythme, évitant que le son ne se mette à « rouler » à cause de la réverbération. Dans la section des chœurs où j’étais assis derrière l’orchestre, on entendait un léger écho à la fin des phrases. Le deuxième mouvement est un poème dansé interprété par l’orchestre au complet. Il fut joué avec charme et élégance.

Le Concerto pour violon de Berkeley, une commande de la BBC, était présenté en première mondiale. C’est une œuvre qui s’inspire à la fois de la musique classique, de la musique indienne et de la musique “heavy metal”. En plus du violon solo, Berkeley fait intervenir un tabla, instrument à percussion originaire de l’Inde du Nord, composé d’un tambour au son aigu et d’un tambour au son grave. La musique exprime une grande tension, accentuée par des rapports conflictuels entre le violon, le tabla et l’orchestre. Au début du dernier mouvement, la violoniste joue une longue séquence très violente sur un violon électrique, à laquelle répondent timidement le tabla et l’orchestre, dominés par la puissance du violon. Ont surgi alors à l’esprit des images de toutes les formes de violence qui troublent présentement notre monde. La musique s’apaise dans les dernières mesures, laissant poindre une lueur d’espoir dans une fin sans conclusion. La jeune britannique Chloë Hanslip était au violon et Diego Espinosa au tabla.

Jac van Steen a ensuite dirigé une belle interprétation de larges extraits du ballet Roméo et Juliette. La musique du tableau de la rencontre de Roméo et Juliette avec le frère Jean dans la chapelle du couvent a été jouée à l’orgue. Cet instrument est le deuxième plus grand du Royaume-Uni, avec ses 147 jeux et 9,997 tuyaux, après celui de la Cathédrale anglicane de Liverpool, 10,268 tuyaux. Ce passage tout en douceur d’inspiration grégorienne a donné l’impression que l’immense RAH venait d’être réduit pour quelques minutes à la taille d’une petite chapelle de campagne.

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Le 29 juillet, le London Symphony Orchestra a interprété la Symphonie no 3 en ré mineur de Gustav Mahler, avec le mezzo-soprano Sarah Connolly, le London Symphony Chorus (femmes) et le Tiffin Boys’ Choir, sous la direction de Bernard Haitink. Le RAH est une salle à la mesure des grandes symphonies mahlériennes. L’orchestre peut y jouer au maximum de sa puissance sans problème. Cela permet d’exploiter une très longue échelle de nuances, de l’extrêmement doux au plus fort, et une large amplitude de couleurs. Chef ayant atteint une grande maturité à l’âge de 87 ans, grand interprète de Mahler, familier du RAH dont il maîtrise bien l’acoustique (c’était le 50e anniversaire de sa première participation aux Proms) et dirigeant un orchestre qu’il connait bien, Haitink a donné une interprétation grandiose de la 3e symphonie. Ce fut de la très belle musique. Malheureusement, dans une salle de cette forme et de cette grandeur, on ne se sent pas enveloppé par le son, de sorte qu’on ne peut ressentir l’émotion qu’une interprétation de cette qualité aurait provoquée dans une salle de concert classique.

20160730_123625Le 30 juillet, en passant par hasard devant la Bloomsbury Central Baptist Church, j’ai vu l’annonce d’un récital d’orgue par la virtuose québécoise Isabelle Demers, dans le cadre du festival RegerFest in London, organisé par la Southwark and South London Society of Organists en commémoration du centenaire de la mort de Max Reger. Isabelle Demers est professeure d’orgue à la Baylor University, Texas, et est reconnue internationalement comme l’une des meilleures organistes de ce temps. Elle a interprété avec brio des œuvres de William Walton, Serge Prokofiev, Max Reger, J. S. Bach, Marcel Dupré et Rachel Laurin. Elle une des rares organistes à jouer de mémoire. Isabelle Demers sera de retour à Winnipeg le 19 février 2107 pour un récital à l’église Westminster United

 

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