Robert Bockstael, lors de son élection comme député libéral de Saint-Boniface, le 22 mai 1979.

Par Daniel BAHUAUD

Pour sa famille, ses clients, voire même ses adversaires politiques, Robert Bockstael, décédé le 18 juin, incarnait l’intégrité et un ardent esprit de service. Témoignages de John Bockstael, Georges Damphousse, Léo Duguay et Raymond Simard.

 

Homme d’affaires, Robert Bockstael a hérité de l’entreprise de son père Théodore en 1951. Pour John Bockstael, fils de Robert et président-directeur général actuel de Bockstael Construction, il s’agissait de beaucoup plus qu’une simple transaction financière entre père et fils.

« Mon père a hérité du souci pour la chose bien faite. C’est une valeur fondamentale qui lui a été transmise sur le chantier de travail par mon grand-père Théodore. Pour Théodore un projet de construction devait être de la meilleure qualité possible.

« Pour y arriver, il fallait un sens affiné du détail et une compréhension approfondie des matériaux de construction, des habiletés du personnel et du temps que peuvent vraisemblablement prendre certaines tâches. Robert Bockstael avait maitrisé cet art. Il pouvait élaborer un devis d’une très grande précision. Les coûts réels des travaux déviaient rarement de ses prévisions.

« Lorsque mes frères Laurent, David, et moi, avons joint l’entreprise, on a appris le même art. Parfois, lorsqu’on estimait mal les coûts d’un projet de construction, notre père insistait que le devis soit respecté, même si le résultat était très favorable au client. C’était bien sûr une manière d’assurer la bonne réputation de Bockstael Construction. Mais avant tout une question d’honnêteté. »

Le cas classique a eu lieu en 1968, avec la construction de l’église Précieux-Sang. L’abbé Georges Damphousse, qui a été procureur à l’Archidiocèse de Saint-Boniface au début des années 1960, raconte : « Robert était particulièrement fier de cet édifice, conçu par l’architecte Étienne Gaboury. Mais la construction lui a causé toutes sortes d’ennuis. Le design de l’église était tellement unique qu’il y avait des problèmes avec les poutres. Robert était obligé d’attendre que les architectes puissent fixer définitivement les plans. En attendant, les grues restaient là à ne rien faire. Et les coûts augmentaient. Pourtant, quand il a pu recommencer les travaux, il n’a pas coupé les coins.

« C’était la même situation en 1960, quand il a fallu refaire les fondations de l’archevêché. C’était tout un effort d’ingénierie. Robert, qui était un homme précis et fiable, s’est entouré de bons ouvriers. Des gens compétents. Comme son contremaître, Lucien Rioux. »

Le souci du détail de Robert Bockstael était une habileté qu’il a su transférer à sa vie politique. John Bockstael élabore : « Ken Wong, élu en 1974 au conseil municipal de Winnipeg, m’a souvent souligné que les conseillers municipaux respectaient les analyses et le jugement de mon père. Souvent, quand il y avait un vote, les conseillers indécis attendaient pour voir comment il allait voter. »

Robert Bockstael a d’abord été élu député libéral fédéral de Saint-Boniface le 22 mai 1979, comme député de l’opposition. Lorsque le Parti libéral de Pierre Elliott Trudeau est revenu au pouvoir en février 1980, Robert Bockstael et Lloyd Axworthy (député de Winnipeg-Fort Garry) étaient les seuls députés libéraux de l’Ouest canadien.

Raymond Simard, le député libéral fédéral de Saint-Boniface de 2002 à 2008, souligne que Robert Bockstael a assumé beaucoup de responsabilités « à une époque difficile pour le Parti libéral ». « Il a travaillé fort pour représenter l’Ouest. Il a été secrétaire parlementaire du ministre des Transports, Jean-Luc Pépin. Il a siégé au comité parlementaire de l’agriculture. Il a été président du caucus libéral de l’Ouest, qui comprenait les deux députés manitobains et les 15 sénateurs de l’Ouest. Essentiellement, il était le porte-parole de l’Ouest au sein du Parti.

« C’est impressionnant. Et ça en dit beaucoup sur le respect qu’on avait pour lui. Pour moi, Robert Bockstael a été une source d’inspiration. En un sens, comme politicien, il a suivi un parcours classique. Il a été commissaire de la Division scolaire de Saint-Boniface, ensuite conseiller municipal et finalement député fédéral. Mais il n’était pas avocat, comme l’était la majorité des députés fédéraux de l’époque. Il était homme d’affaires, un entrepreneur comme moi. J’ai compris que c’était possible de bien représenter Saint-Boniface, grâce en grande partie à son exemple, et celui de Robert Duhamel et du progressiste-conservateur Léo Duguay.

« Être politicien n’est jamais facile. On s’expose à la critique. Et si un député est en affaires, il risque de perdre des clients. Mais pour Robert Bockstael, la politique était un moyen de rendre service. »

Député fédéral progressiste-conservateur de Saint-Boniface de 1984 à 1988, Léo Duguay a défait Robert Bockstael lors du raz-de-marée conservateur sous Brian Mulroney.

« Je me suis présenté contre Robert Bockstael tout en reconnaissant qu’on souhaitait tous les deux aider Saint-Boniface à se développer davantage. Avant nos débats, on se parlait amicalement. Quand il a été défait, je n’ai ressenti aucune animosité de sa part. Au contraire, Robert était un gentleman, un homme de famille, un entrepreneur honnête et un politicien capable. Il a eu le malheur d’avoir à défendre un gouvernement qui avait été, malgré les quelques mois du gouvernement progressiste-conservateur de Joe Clark, au pouvoir pendant longtemps.

« Robert Bockstael n’était pas un politicien ambitieux. Il ne cherchait pas le pouvoir. Et il n’a jamais succombé à une partisannerie farouche. En fait, en 1981, il a voté avec les progressistes-conservateurs lorsque le député torontois de Rosedale, David Crombie, a proposé que la future Charte canadienne des droits et libertés ne porte pas atteinte au pouvoir du Parlement de légiférer en matière d’avortement. La motion a été défaite, mais on comprend que lorsqu’il était question de conserver ses valeurs pro-vie et son intégrité personnelle, Robert Bockstael a voté contre son parti politique. Sa vocation était celle d’un politicien de service. Avant tout, Robert Bockstael voulait desservir sa communauté au mieux de ses capacités. »

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