Gaël Shindano, nageur ontarien atteint d’autisme, remportait le 8 août la médaille de bronze du 100m style libre aux Jeux spéciaux.

Par Elisabeth VETTER

1 :11.97. C’est le temps avec lequel Gaël Shindano remportait le 8 août la médaille de bronze du 100 m style libre des Jeux spéciaux. Atteint d’autisme, le nageur excelle dans l’eau comme dans la vie pour défendre les couleurs de l’Ontario.

La poignée de main, d’abord hasardeuse, se fait franche. Accompagné ce jour-là de son père, Guylain, le jeune Gaël se concentre sur ce qui l’entoure. Assis, il tend l’oreille, jouant tantôt sur sa console de jeux, tantôt admirant le contenu d’une petite pochette de velours noir qu’il conserve précieusement. Le 8 août, il remportait le contenu de cette pochette et grimpait sur le podium. Le même jour, ce nageur ontarien atteint d’autisme performait son meilleur temps sur le 100 m style libre : 1 : 11.97.

« Il a toujours aimé nager. Petit déjà, il ne voulait pas quitter la baignoire lorsqu’il prenait le bain. C’était un véritable poisson! », tranche son père qui s’exprimera aujourd’hui pour lui. Gaël fait partie des autistes que l’on qualifie de « non-verbaux ». Pourtant, jamais l’athlète ne manque de communiquer. Ses émotions, sa joie. Sa fierté aussi, comme lorsqu’il sort sa médaille de bronze de son écrin pour finalement la passer au cou. « Nous avons commencé par l’emmener à la piscine à Gatineau, pour le loisir. Comme sa mère et moi avons remarqué son intérêt, nous l’avons inscrit à l’Ottawa Swim Club. Lorsque nous étions partis en vacances en Floride, il passait tout son temps dans l’océan avec son frère. C’était une évidence », se remémore Guylain Shindano, retraçant ainsi la genèse de cet amour pour l’eau.

L’eau comme ouverture

À mesure, Gaël s’entraîne dur. De 3 à 4 heures par semaine, ce sont maintenant 12 heures hebdomadaires qui façonnent peu à peu ce champion des lignes d’eau. « La natation, c’est un sport très dur. Tu peux être bon, mais pas nécessairement en mesure de gagner », analyse le père de Gaël. Le sportif a décidé, lui, d’être plus que bon. Tant et si bien qu’en faisant tant progresser sa technique et sa rapidité, il s’ouvrait de plus en plus aux autres. « Certains enfants autistes apprécient énormément le contact avec l’eau. En commençant les compétitions, Gaël s’est socialisé, nager c’est un sport d’équipe comme un sport individuel. Il a appris à suivre les instructions, car en natation, les règles sont les mêmes pour tout le monde. »

En 2008, c’est dans le grand bassin qu’il plonge, lorsqu’il dispute ses premières longueurs face à d’autres nageurs. Entre les battements et les ondulations, sa vitesse est remarquée par les entraîneurs. Son père, Guylain Shindano, le certifie : « Sa force, c’est sa détermination ». Son autre atout? Sa capacité d’adaptation. Pour suivre les consignes, Gaël est entouré d’entraîneurs, mais aussi d’un papa très présent qui prend le temps de lui expliquer les mouvements par une combinaison gestuelle. « Si la majorité des instructions et des compétitions se font en anglais, sa langue maternelle est le français. J’essaie de tout lui traduire, même s’il comprend la majorité des directives », reprend-il.

« Ses coaches voulaient qu’ils poussent et il a poussé »

Alors que la fin mai 2017 pointait son nez, la famille Shindano apprenait la sélection de son champion pour les Jeux du Canada. « Il avait fait de très bons résultats lors des camps de sélection en mars 2016 et s’était classé 1er aux épreuves de Brantford (Ontario, ndlr). On savait qu’il y serait, ce n’était qu’une question de temps », témoigne encore Guylain. Et de reprendre : « Ses coaches voulaient qu’ils poussent et il a poussé. Il s’est habitué à cette réalité, celle de la compétition. Là où il bombarde toute son énergie, c’est en style libre ». Tant d’énergie que ce 8 août, il parvient à se placer derrière Jesse Shade de Colombie-Britannique, ainsi que Wesley Wilks, d’Alberta avec des temps respectifs de 1 : 00.33 et 1 : 06.47 sur le 100 m style libre.

Le 13 août, le duo père-fils reprendra l’avion direction Ottawa, une semaine riche derrière lui. « C’est dur parce qu’il faut se lever vers 5 h 30, qu’il y a les entraînements. Même si je suis fatigué, Gaël est en pleine forme dès le matin! Mais si c’est le minimum que je puisse faire pour l’encourager, alors je le fais. Et je me reposerai plus tard! », taquine Guylain Shindano. Assis juste là, Gaël admire toujours sa médaille. La première d’une compétition nationale. Et peut-être même, la première d’une longue série.

 

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