Depuis 2015, Merouane Abed vante les mérites du Manitoba sur internet et donne les outils aux intéressés pour entamer les procédures d’immigration. « Les gens sont vraiment intéressés par le Manitoba. Pas comme une porte d’entrée pour le Canada, mais comme un endroit pour vivre. »

40 000 personnes. C’est le nombre de francophones du monde entier présents sur le groupe Facebook nommé Procédures d’immigration au Manitoba, créé il y a un peu plus d’un an. L’un des acteurs de cet engouement nouveau et massif pour la province, Merouane Abed, en donne les raisons.

Valentin CUEFF

Merouane Abed ne s’attendait pas à un tel succès. Tout est parti d’un guide, qu’il a publié sur le forum du site Immigrer.com, en janvier 2015.

À l’époque, il ne vivait pas encore à Winnipeg. Mais une visite exploratoire l’avait déjà convaincu : c’est là qu’il voulait poser ses bagages. Il passait donc le message, et détaillait dans ce guide les démarches à suivre pour s’installer au Manitoba. Pour lui, ce geste allait de soi : « J’ai une information, je la partage. C’est aussi ça l’esprit canadien. On est là pour aider les autres. »

Résultat : des dizaines de milliers de réponses. « Ça a fait un boum. Cette procédure d’immigration était là, en place, assez simple comparé aux autres provinces. Mais les gens ne la connaissaient pas. »

Originaire d’Algers, Merouane Abed a lui-même découvert l’existence du Manitoba via des récits lus çà et là sur internet. Il a entamé les démarches administratives en 2014, avec l’aide de Brigitte Léger, coordinatrice du programme immigration du World Trade Centre Winnipeg (voir plus bas).
En mai 2016, la procédure a abouti : il s’est installé à Saint-Boniface, avec sa femme et leurs deux filles. Un an plus tard, il ne tire de son expérience canadienne « que du positif ».

Il explique avoir quitté l’Algérie parce qu’il voulait un meilleur futur pour ses enfants. « Quand on voyait ce qu’il se passait à côté de chez nous, en Lybie et en Tunisie, c’était inquiétant. Il y avait ce point d’interrogation sur l’avenir. »

Pourquoi avoir choisi le Manitoba, et pas une autre province? Le cadre de 33 ans évoque les délais pour obtenir la résidence permanente : de deux à trois ans, soit deux fois moins longs qu’au Québec. Ou encore le système éducatif canadien, découvert lors de leur visite exploratoire, qui fut décisif pour lui et sa compagne. Ça n’est pas tout : « Ici, il y a une communauté francophone dynamique. Et il y a beaucoup d’opportunités au niveau de l’emploi qu’on ne retrouve pas ailleurs. »

Ses raisons pour venir à Winnipeg expliqueraient aussi, selon lui, le succès du guide publié sur le forum Immigrer.com, et du groupe Facebook qui l’a suivi. Ce dernier a été créé par un habitué du forum, qui a ensuite ajouté Merouane Abed comme administrateur de la page. Il gère en partie un groupe composé, aujourd’hui, de 40 000 membres.
Le réseau social a grandement facilité les échanges : « Les utilisateurs peuvent partager des informations et ajouter des amis. Plutôt que d’aller chercher dans des pages de forum, ils peuvent poser directement leurs questions. »

Merouane Abed fait remarquer que les personnes qui candidatent souhaitent non seulement venir au Manitoba, mais aussi rester dans la région. « Les gens sont vraiment intéressés par le Manitoba. Pas comme une porte d’entrée pour le Canada, mais comme un endroit pour vivre. »
L’attrait pour la province est non seulement soudain, mais s’étendrait dans toutes les francophonies du monde : « Il y a des Maghrébins, des Camerounais, des Maliens. Même des personnes de Haïti. C’est vraiment un groupe international. » En conséquence, depuis deux ans, le nombre de personnes qui ont contacté le WTC Winnipeg pour souscrire au programme d’immigration a fortement augmenté.

Merouane Abed explique que le groupe fonctionne comme « une chaîne de solidarité » : les gens partagent leurs expériences et leurs informations, non seulement pour faciliter la venue des nouveaux arrivants, mais aussi les aider, une fois sur place, à prendre leurs marques.
Il ajoute qu’« une dizaine de familles se sont établies grâce au support du groupe. Tous ont trouvé un emploi dans les deux mois et se sont très bien installés. »

Un organisme gouvernemental ne pourrait pas, selon lui, délivrer un tel service. « Il faut que les gens soient payés et aient des horaires fixes. Ils ne peuvent pas répondre le soir ou la nuit. Ou répondre à des questions personnelles, ou donner leur avis. C’est bien qu’il y ait quelque chose de non officiel, ouvert à tous. »
Il ajoute que le gouvernement provincial devrait mettre en place plus de moyens, pour accélérer le processus. « On ne peut pas ouvrir la porte à tout le monde, mais si on veut passer à 7% de francophones dans la province, il faut mettre les moyens derrière. Ne pas tuer cette dynamique. Beaucoup de personnes commencent à partir ailleurs, et c’est vraiment dommage parce qu’il y a d’excellents profils. »

 

300 dossiers en attente

Le programme Immigration au WTC Winnipeg a perdu son financement gouvernemental il y a un peu plus de trois ans, mais il survit depuis grâce aux revenus générés par les activités de l’organisme.

La présidente-directrice générale du WTC Winnipeg, Mariette Mulaire, fait remarquer : « Ce qui pourrait être fait au Manitoba est absolument incroyable, mais nous avons besoin de gouvernements qui investissent dans l’immigration francophone. D’ailleurs, les récents chiffres de Statistique Canada démontrent la nécessité d’investir dans ce domaine au Manitoba. La proportion de francophones doit augmenter pour atteindre un ratio critique à la survie linguistique. Et prendre une vraie place au sein d’un Canada bilingue. »

Brigitte Léger, coordinatrice du programme, souligne « l’action bénéfique » de Merouane Abed qui, de lui-même, travaille à promouvoir la province. Et constate une nette différence. Mais le service d’immigration dans lequel elle opère seule ne peut plus suivre la demande. À ce stade, 300 dossiers sont encore en attente de traitement.

« Cela fait dix ans que je fais ce travail. Nous avions auparavant entre 12 et 24 visites exploratoires par année. Depuis deux ans, on est passé à 50, 60 visites. Je reçois des centaines de courriels chaque semaine. Des douzaines de demandes complètes par mois. »

Devant cet engouement, Brigitte Léger a contacté le ministère de l’immigration dans l’espoir que la province apporte son aide. « La demande est là, mais on n’a pas les ressources. »

Interviewée par La Liberté, une porte-parole du gouvernement a fait savoir que la Province soutenait la cible des 7% d’immigration francophone, mais qu’une aide aux organismes tels que le WTC Winnipeg « n’était pas envisagée pour le moment ».

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