Valérie Chartrand : « Les insectes ont été perçus au fil des temps, par diverses cultures, comme des symboles et des messagers. Ceci est au coeur de mon travail et de mon inspiration. Je travaille seulement avec des insectes trouvés, jamais tués. »

Valérie Chartrand invite le public à imaginer un avenir sans abeilles. Ruches fantômes (1), la première exposition solo de l’artiste, à la Maison des artistes à partir du 7 septembre, combine gravure, photographie, et installations.

Par Gavin BOUTROY

« Depuis plusieurs années, lance Valérie Chartrand, l’une de mes préoccupations demeure la disparition des abeilles et les conséquences qu’elles auraient sur le monde. Afin d’imaginer l’ampleur de ces conséquences, j’ai créé un scénario dystopique qui invite à se remémorer les insectes disparus tel que nous devrons peut-être le faire dans quelques années. »

En effet, depuis environ 2006, le syndrome d’effondrement des colonies cause des pertes anormales d’abeilles partout au monde. En Amérique du Nord et au Manitoba, les pertes de colonies se chiffrent entre 30 et 40 % annuellement.

C’est en acquérant la ruche d’un apiculteur qui avait perdu le tiers de ses colonies que Valérie Chartrand a commencé son immersion dans le monde des abeilles. Ce projet a abouti avec l’exposition Ruches fantômes.

« En plus de la ruche, j’ai pu recueillir aussi quelques-unes de ses pertes d’abeilles. L’an dernier, j’ai pris un cours d’apiculture à l’Université du Manitoba et j’ai aussi eu la chance de collaborer avec les abeilles d’une ruche gérée par Bee Project Apiaries sur le toit du studio Martha Street pour créer des bols de cire.

« J’ai fait des changements importants à mon jardin afin de créer plus de pâturage pour les abeilles locales que je photographie aussi régulièrement. »

Le médium de prédilection de l’artiste est la gravure. « Mais aussi les autres supports qui me permettent une exploration de l’empreinte comme expression de la présence par l’absence. Dans ce projet, l’empreinte a pris la forme d’électrogravure, de cyanotype, de batik, d’empreinte par enfumoir…

« Avec le projet de Ruches fantômes, je cherchais également un processus pour préserver mes abeilles mortes de façon plus permanente. »

Valérie Chartrand a découvert qu’elle pouvait plaquer de cuivre des cadavres d’abeilles lors du processus d’électrogravure. Le résultat est étonnant, et d’une grande poésie, d’après Alexandra Keim, la directrice de la Maison des artistes.

La directrice poursuit: « Valérie est une artiste à mi carrière, en pleine expérimentation avec des techniques différentes. Dans son exposition, on retrouve de la gravure, de la sculpture, de la photo et même de la performance, avec le dîner qui est prévu pour Nuit Blanche, le 30 septembre. »

Une portion de l’exposition s’intitule Le dernier repas. L’artiste s’explique : « Il consiste en une gamme d’éléments comestibles permettant d’imaginer comment nous aurions accès à certains aliments et saveurs de cultures disparues dans un monde futur sans abeilles.

« Lors de cette exploration, je me suis tournée vers le manifeste de la cuisine futuriste. Écrit par le peintre Marinetti dans les années 1930, en Italie, il proposait un nouveau mode de consommation d’aliments qui était axé sur de petites bouchées de nourriture, sur une certaine esthétique de présentation et sur des expériences multi sensorielles et évocatrices. »

(1) Le vernissage de Ruches fantômes aura lieu le jeudi 7 septembre de 19 h à 22 h, à la Maison des artistes visuels, 219 boul. Provencher. L’exposition se prolonge jusqu’au 4 novembre.

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