Edem d’Almeida (en pantalon rouge) et une partie de l’équipe qu’il a formée à Lomé, au Togo.

Formé en France auprès des grands groupes de gestion de déchets, le jeune négociant en valorisation des ordures est retourné au Togo, son pays d’origine, pour créer son propre modèle d’entreprise sociale et écologique.

Par Barbara GORRAND

Et si, en matière de recyclage, on prenait exemple sur certaines initiatives africaines? L’idée n’a rien de saugrenu, à écouter Edem d’Almeida. Depuis 2013, le jeune franco-togolais est à la tête d’une entreprise florissante basée à Lomé, Africa Global Recycling (AGR).

Une transition qui n’avait rien d’évident pour cet ancien de Suez Environnement, le groupe français, numéro deux mondial de gestion de l’eau et des déchets : « J’étais revenu pour la première fois en 2006 au Togo, ce pays que j’avais un peu boudé quand j’étais en France. Là, en matière de recyclage, tout était à faire. Avec mon expérience comme courtier dans le négoce des déchets, je savais que ce marché était à la fois colossal et peu connu. Qui se doute, par exemple, des milliers de tonnes de déchets non-dangereux qui transitent chaque mois sur les océans, à destination des pays asiatiques? Aujourd’hui, il n’y a selon moi pas de marché plus mondialisé que celui des déchets. Je me suis lancé. Avec l’idée de monter, au Togo, un véritable projet social, économique et environnemental. Pour faire des déchets l’épicentre d’un écosystème qui apporte des solutions à différentes problématiques : la création d’emplois, l’agriculture, l’éducation… »

Aux débuts d’AGR, Edem d’Almeida se concentre sur le recyclage du papier. « Nous avons choisi de viser les normes européennes et de trier les papiers de façon à en ressortir une quinzaine de qualités différentes qui répondent aux normes des papetiers, que nous revendons ensuite à des fabricants de papier journal, de magazines, de cartons. Mais très rapidement, nous avons multiplié les ressources. Et aujourd’hui nous traitons 43 types de déchets : plastiques, équipements électroniques, papiers, métaux… En fait, c’est très simple : nous prenons des déchets que nous transformons en nouvelles matières premières pour l’industrie. C’est un cercle vertueux. »

« J’ai recruté des sans-abri qui sont aujourd’hui à des postes de responsabilité. »
Edem d’Almeida

Mais à Lomé, Edem d’Almeida ne se contente pas de valoriser les déchets. Chez AGR, c’est aussi l’humain que l’on met en valeur. « J’ai recruté des sans-abris, des personnes qui n’avaient jamais été à l’école, et qui sont aujourd’hui à des postes de responsabilité, dans une structure de management participatif. Aujourd’hui nous avons un effectif de 21 per – sonnes, mais nous pensons doubler ce nombre d’ici la fin du premier semestre 2018. Alors, lorsqu’on me demande si une entreprise de valorisation des déchets peut être viable, j’ai envie d’inviter les sceptiques à venir faire un tour par chez nous! »

AGR mène également des programmes socio-éducatifs. L’an dernier, c’est la bibliothèque d’une école d’un quartier défavorisé de la ville qui a ainsi bénéficié d’un équipement informatique. « Et puis je dois avouer que je suis très fier d’exporter depuis l’Afrique des déchets recyclés à destination des marchés européens, alors qu’habituellement c’est plutôt l’inverse! »

Un clin d’oeil qui n’a rien de la fanfaronnade : en juin 2016, Edem d’Almeida est venu au Nouveau-Brunswick pour recevoir le prix de l’Organisation internationale de la francophonie, lors du Forum international Jeunesse et Emplois Verts. « Je me suis dit que c’était peut-être l’occasion de développer au Canada une activité de négoce et de conseils sur le recyclage industriel, comme je l’ai fait en France. Mais à l’occasion de ce voyage je me suis aperçu que le recyclage, au Canada, ce n’est pas encore ça! »

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