Par Bernard BOCQUEL

Bien décidé à revigorer l’organisme porte-parole de la Francophonie manitobaine, le Comité de refonte de la SFM (1) a pris acte de la diversité des « groupes démographiques et des organismes de la collectivité francophone » afin qu’ils soient dûment représentés. Le Comité de refonte a donc voulu penser le CA de la SFM comme une sorte de conseil central des forces en présence au sein de la Francophonie manitobaine.

À cette fin, il a identifié cinq catégories de membres :des membres individuels, des membres institutionnels,des membres organisationnels de clientèles spécifiques,des membres organisationnels sectoriels et des membres associés.

Dans la catégorie des « membres organisationnels de clientèles spécifiques » le Comité de refonte a reconnu six clientèles : les aînés (la Fédération des aînés francomanitobains),les femmes (Pluri-elles), les francophiles(Canadian Parents for French Manitoba), les jeunes (le Conseil jeunesse provincial), les Métis (l’Union nationale métisse Saint-Joseph) et les nouveaux arrivants (l’Accueil francophone).

Pour Sophie Freynet-Agossa et un groupe de près d’une vingtaine de personnes qui l’appuie, une septième clientèle spécifique devrait être représentée au CA de la SFM par le biais de la Fédération des parents : la petite enfance. Sa proposition a été publiée dans La Liberté du20 au 26 septembre afin qu’elle puisse être débattue à l’AGA de la SFM le 12 octobre.

Inutile d’être devin pour prédire que le CA de la SFM repensée comptera au bout du compte non pas 21 membres mais 22 membres.

Pour comprendre pourquoi la Fédération des parents du Manitoba en tant que telle est passée sous le radar du Comité de refonte, il suffit de savoir que le mouvement de parents s’est essoufflé dans les années qui ont suivi la mise en place de la Division scolaire franco-manitobaine(DSFM). En effet, de force politique motrice, les parents se sont essentiellement cantonnés dans un rôle de service.

Pourtant il est clair que ce sont les parents, comme les grands-parents, qui doivent être au coeur même du projet de maintenir et de consolider le bilinguisme dans cette province dont les lois doivent être adoptées simultanément en anglais et en français pour être valides.

La Fédération des parents a été établie en 1976 a lorsqu’une véritable lutte existentielle était engagée pour arracher des écoles françaises à des commissions scolaires rétives. Tant que c’était la SFM qui revendiquait des écoles françaises, les commissaires d’écoles obtus avaient beau jeu de rejeter ces demandes en les mettant sur le compte d’activistes payés par des subventions fédérales.

Mais quand ces mêmes commissaires ont dû faire face à des parents organisés en comités et archi-motivés parce qu’ils défendaient l’avenir de leurs enfants, il n’était pour ces commissaires tout simplement plus possible de balayer les revendications parentales du revers de la main.

Lorsque l’inespérée Charte canadienne des droits et libertés a été imposée par Pierre Elliott Trudeau en 1982,c’est encore la Fédération des parents qui a tout naturellement pris le leadership des poursuites juridiques pour extraire le maximum du fameux article 23 qui reconnaît sous certaines conditions aux « citoyens canadiens », autrement dit aux parents, le droit à l’éducation en français de leur progéniture.

Le mouvement de parents a tenu bon non seulement jusqu’à la victoire en Cour suprême en 1993 pour l’obtention de la gestion scolaire, mais aussi pour sa mise en oeuvre contre vents et marées à l’échelle provinciale.(2)

À quand le retour en force d’un mouvement de parents responsables, politisés? La DSFM aurait alors enfin un allié de rêve dans ses demandes adressées au gouvernement provincial.(1) Comité de refonte formé de Raymond Lafond (président),Mona Audet, Diane Leclercq, Raymond Hébert et Ben Maréga.(2) Voir Un rêve en héritage d’Armand Bédard, publié en 2002aux Éditions des Plaines.

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