Le Dr Denis Fortier, vice-président des services médicaux pour Santé Sud, reconnaît qu’il lui est difficile d’accepter que son « patient dans la salle d’urgence n’ait pas accès à des soins psychiatriques d’urgence lorsqu’il est en pleine crise ». À l’heure actuelle, 97 jeunes, 131 adultes et 33 aînés sont en attente d’une évaluation en santé mentale auprès de Santé Sud.

Par Daniel BAHUAUD

Sean Miller, le vice-président du programme Partnership for Recovery de la filiale manitobaine de l’Association canadienne pour la santé mentale (ACSM), l’affirme haut et fort.

« La santé mentale au Manitoba est terriblement sous financée. La recherche de l’ACSM soutient que, pour assurer des soins adéquats, il faut allouer 12 % du financement total à la santé mentale. C’est ce que font l’Australie et la Grande-Bretagne. Or au Manitoba, la moyenne se situe à 4 %. On offre des soins sur un budget squelettique. »

L’Office régional de la Santé (ORS) Sud alloue présentement 9,1 millions $ à la santé mentale, soit 4,36 % de son budget total de 397 millions $. Tiina Cordell, la directrice régionale du programme de santé mentale communautaire de Santé Sud, met les statistiques en perspective.« Notre plus grand défi, c’est que la demande pour les soins en santé mentale augmente. D’une part, la population en région grandit. D’autre part, on semble avoir finalement réduit les stigmates associés à la maladie mentale. Il y a cinq ans, l’ORS a reçu 600 demandes pour des soins auprès des enfants et des adolescents. Cette année, on en a reçu 1 500. Nos thérapeutes et conseillers ne peuvent répondre à la demande. »

En outre, l’ORS n’a à présent qu’un seul psychologue. « Nous sommes censés en avoir deux. Mais les psychologues sont difficiles à recruter. Notre psycho logue est situé à Steinbach. Étant donné l’étendue de l’ORS, il doit faire beaucoup de consultations par téléphone. »

À l’heure actuelle, 97 jeunes, 131 adultes et 33 aînés attendent une évaluation mentale auprès de Santé Sud.

Pour Sean Miller, la présence d’un seul psychologue dans l’ORS peut « mettre en danger la vie des personnes souffrantes ». «Avant d’avoir vu un psychologue, une personne a le temps de passer d’une situation à besoin modéré à un état de crise aigüe. »

Une situation d’autant plus sombre pour les francophones. Tiina Cordell le reconnaît : « Nos ressources sont limitées. Malgré la carence en psychologues, il est possible d’obtenir des soins en français. Nous avons des employés bilingues au sein de nos programmes pour jeunes et pour adultes. D’autres répondent aussi à notre ligne téléphonique de crise en santé mentale.»

En 2012, Santé Sud a standardisé ses services afin que toute personne atteinte d’une maladie mentale puisse obtenir les mêmes services, quel que soit l’endroit où elle habite.
Le docteur Denis Fortier, vice-président des services médicaux pour Santé Sud, confie que « ce qui m’empêche de dormir, c’est que mon patient dans ma salle d’urgence n’ait pas accès à des soins psychiatriques d’urgence lorsqu’il est en pleine crise ».

« Il nous faut plus de ressources, et un plan pour les services de santé mentale pour tout le Manitoba. La Province consulte présentement les ORS à cette fin. J’étais très heureux que le Dr Brock Wright ait assisté à notre AGA du 4 octobre. Brock Wright sera le directeur de la Régie des services de santé partagés du Manitoba, qui sera mise sur pied en 2018. Lorsque Ken Reddig a livré son témoignage sur sa dépression, il a noté que les familles qui appuient des personnes avec une maladie mentale ont besoin, elles aussi, de support. J’espère sincèrement que Brock Wright l’a bien entendu. »

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