Par Bernard BOCQUEL

Quand un prêtre du fond canadien-français meurt c’est, à l’image de la formule africaine, une bibliothèque qui disparaît. Le décès le 1er octobre à l’âge de 91 ans du doyen des prêtres du diocèse de Saint-Boniface efface en effet une partie de la mémoire vive de cette Église particulière qui marquera en 2018 le bicentenaire de l’arrivée à la Rivière-Rouge de son premier missionnaire, Joseph-Norbert Provencher.

Certes, à l’instar d’Henri Perron, il reste des prêtres pour témoigner du remarquable effort au bénéfice de la langue française, fourni par nombre de leurs confrères passés de vie à trépas durant le dernier siècle.

Né en 1926, Henri Perron, le petit dernier des neuf enfants d’Anna Milette et d’Émile Perron, aura connu l’un des trajets de vie réservés à l’élite de la société canadienne-française, celle formée par les jésuites du Collège de Saint-Boniface. Entré pensionnaire à 14 ans, il était alors le seul du village de Saint-Adolphe à fréquenter la prestigieuse institution. Il avait été admis grâce à un système de bourses.

C’est durant l’avant-dernière année de son parcours de huit ans au Collège qu’il se dit : « Je me donne. » Cet homme, qui avait gardé son gros bon sens de fils de petit fermier, avait un jour précisé sa pensée : « On n’avait pas tellement de choix. L’université était trop chère. Il fallait des parents en moyens. Et puis devenir médecin, dentiste ou avocat, ça ne me disait rien. Restait l’enseignement. Tant qu’à enseigner, je préférais prêcher. »

En 1948, il entre au Grand Séminaire de Saint- Boniface, qui avait récemment ouvert ses portes. Il est ordonné en 1952, à un temps difficilement imaginable pour qui n’a pas vécu l’ultime phase triomphante de l’Église catholique au Manitoba, celle d’avant le Concile oecuménique Vatican II au début des années 1960.

Durant les années 1950, l’Association d’éducation des Canadiens français du Manitoba, dont la raison d’être est de faire vivre le français dans les écoles à une époque où la langue est illégale, s’appuie sur le clergé, qui fournit des visiteurs d’écoles. Henri Perron assume entre 1954 et 1958 ce travail de patriote canadienfrançais. Une expérience qui a imprimé en lui un respect entier pour les congrégations de religieuses vouées à l’enseignement.

Ce qu’il a préféré dans sa vie sacerdotale, c’était les périodes où il était curé, comme à Transcona, pour créer un milieu français à Notre-Dame de l’Assomption; ou encore à Lorette. Dans le contexte paroissial, ce pacifiste dans l’âme pouvait exercer sa bienveillance naturelle. « Mon style, c’était d’aller à la rencontre des gens, chez eux. Pour ça, la campagne, c’était idéal. En ville, un curé va surtout visiter des malades à l’hôpital. »

Mais son archevêque, MgrMaurice Baudoux, décide de l’arracher à son ministère à Lorette (1965-1971) pour le nommer procureur diocésain, c’est-à-dire grand argentier. Même si Monseigneur « a montré plus de souplesse après Vatican II, il m’a été quasiment impossible de refuser. Pendant une quinzaine d’années, j’ai perdu ma vie dans la procure. » La valeur d’Henri Perron l’a conduit à occuper entre 1973 et 1996 les fonctions de Vicaire Général, autrement dit de remplaçant de l’archevêque pendant ses absences. À la mort de MgrHacault en 2000, il est choisi à l’unanimité pour administrer le diocèse durant la vacance du siège.

Henri Perron était un homme sage, d’un commerce agréable. Il a emmené avec lui de petits et grands secrets d’humains qu’il a servis. Puisse la mort de ce serviteur inciter au moins l’un de ses confrères à rédiger son autobiographie, afin qu’il reste des témoignages de prêtres issus de la veine canadienne-française, en voie de disparition.

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