Par Bernard BOCQUEL

Au fil des décennies dans la francophonie manitobaine, les organismes se sont multipliés, et donc par le fait même la pression sur des personnes pour qu’elles siègent comme bénévoles à des conseils d’administration (CA).

À la bourse des bénévoles, la demande pour siéger à des CA excède souvent l’offre de personnes volontaires et disponibles. Il n’est pas rare qu’il faille exercer une pression amicale afin de convaincre quelqu’un de franchir le pas du CA. Que l’on soit le porte-parole d’un organisme ou un simple conseiller, une réalité demeure : tous les membres du CA doivent pleinement assumer les devoirs pour lesquels ils ont été élus, une confiance leur a été accordée.

Il incombe tout particulièrement au CA de donner les impulsions à l’organisme dont il assume la charge. Mais dans un monde où bien des bénévoles ont été convaincus de siéger à un CA avec l’argument que la direction générale va faire le nécessaire, voire va s’occuper de tout, la dérive néfaste consiste à laisser les coudées franches à l’employé ou aux employés, justement parce qu’ils sont payés.

Autant ce glissement du sens des responsabilités du CA n’est pas bon signe pour l’organisme, autant ce n’est pas non plus de bon augure quand une présidence de CA, ou une partie du CA, s’autorise une initiative personnelle sans obtenir l’approbation préalable du CA. Lorsqu’il s’agit d’un organisme aux sphères d’action limitées, de tels gestes dysfonctionnels peuvent ne pas porter atteinte à sa crédibilité.

Il en va bien sûr tout autrement lorsqu’il est question d’un organisme de nature éminemment politique, comme la Société de la francophonie manitobaine. Car lorsque la présidence s’exprime au nom d’un organisme, ses paroles engagent tous les membres du CA et, en principe, reflètent le point de vue des membres de l’organisme.

Un exemple particulièrement probant de dysfonctionnement d’un CA a été fourni par la présidente sortante de la SFM à l’Assemblée générale annuelle du 12 octobre dernier. Jacqueline Blay a tenu à souligner en particulier une démarche concernant « nos amis les Métis » : « […] demander pardon à la communauté métisse pour les relations difficiles entre nos deux communautés. En 1916, la rupture entre francophones et Métis a été brutale et très publique. Depuis, les relations se sont tranquillement améliorées. Il restait cependant cette blessure historique qu’il fallait cicatriser ; et nous l’avons fait le 16 novembre 2016. »

Qui est ce « nous »? L’ensemble du CA de la SFM? Pas du tout. Il n’y a pas eu de proposition approuvée par le CA sur la demande de pardon de la SFM, formulée publiquement par le vice-président Emmet Collins à l’occasion de la traditionnelle cérémonie des tombes organisée par l’Union nationale métisse Saint-Joseph du Manitoba.

Extrait du procès-verbal du CA de la SFM de la réunion tenue le 23 novembre 2016 : « Monsieur Collins exprime que l’Union lui avait demandé un discours de réconciliation ; alors c’est ce qu’il a préparé et livré à la cérémonie du 16 novembre. »

En soi, les propos d’Emmet Collins étaient fort louables et bien intentionnés. Exemple : « Aujourd’hui, il nous semble approprié qu’autour de ces tombes […] au nom de la communauté francophone nous vous demandions pardon. Nous demandons pardon aux ancêtres Métis, aux leaders, aux familles et aux communautés métisses. Nous continuerons à le faire, car ceci n’est qu’un début dans le processus de réconciliation que nous devons entreprendre. »

Des belles paroles auxquelles il convient maintenant de donner une vraie légitimité. Peut-être déjà par une proposition formelle présentée à la prochaine AGA de la SFM en octobre 2018.

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