ar Bernard BOCQUEL

 

Passé le premier mouvement d’incompréhension, la nouvelle de l’élimination du sous-ministre adjoint responsable du Bureau de l’éducation française (BEF) se résume au bout du compte simplement : une des pièces clés du monde de l’éducation en français au Manitoba est menacée au nom du culte forcené de la réduction des dépenses publiques.

Peu importe que l’affaiblissement du BEF s’avère en totale contradiction avec le premier geste fort du gouvernement progressiste-conservateur, posé dès son arrivée au pouvoir, à savoir la quasi inespérée Loi sur l’appui à l’épanouissement de la francophonie manitobaine. Cette Loi 5 qu’on croyait votée à l’unanimité pour assurer un avenir au bilinguisme manitobain.

À ce stade-ci, force est donc de devoir admettre que la dimension culturelle exceptionnelle qui caractérise la Province du Milieu ne pèse pas lourd dans la balance du dogme central qui semble motiver le parti au pouvoir. Autre évidence : les arguments d’un front commun d’organisations baptisé « Les partenaires pour l’éducation en français » pour tenter de raisonner les décideurs politiques n’ont pas été probants. (1)

Il est vrai qu’un dogme est plus fort que la raison, en tout cas tant qu’une longueur d’onde commune n’est pas établie, c’est-à-dire tant que la bonne volonté est mise en veilleuse. Car sans esprit d’ouverture, impossible d’espérer que des politiciens à mille lieues des luttes historiques menées pour protéger un choix de vie, une culture, comprennent dans leurs coeurs à quel point une économie de quelques milliers de dollars pour s’épargner le salaire d’un sous-ministre adjoint représente une aberration.

Une question déterminante se pose, incontournable dès le début de l’affaire pour peu que l’on reconnaisse que d’avoir superbement ignoré le conseil consultatif prévu par la Loi 5 constituait un très mauvais signe. La question est celle-ci : Comment faire comprendre au gouvernement que le fait de porter atteinte à l’intégrité du BEF est une attaque directe au projet de milliers de Manitobaines et de Manitobains? Ces personnes pour lesquelles le bilinguisme est plus qu’un simple choix social ou d’acceptation d’un héritage culturel, mais une adhésion à un projet de vie?

Car enfin, passées les considérations matérielles, voire matérialistes, d’argent, de prestige, d’emplois qui paient bien, l’option de vie bilingue, avec tous les efforts qu’elle exige, n’est-elle pas une formidable voie pour mieux s’humaniser? Un chemin de vie pour mieux chercher à élever son esprit dans un monde dont il n’est plus besoin de souligner la vacuité ultime du consumérisme, terrible fuite en avant de sociétés déboussolées par trop d’incessants bouleversements?

Si l’on veut croire que le BEF est bel et bien un élément essentiel du dispositif éducatif en français, alors il est tout simplement absurde que le destin scolaire des enfants qui ont la chance d’avoir accès au français par les écoles françaises ou d’immersion soit même partiellement remis en question.

Le temps est venu pour opposer à des gouvernants, qui ont décidé de faire de la réduction des dépenses publiques à tout prix un pseudo devoir moral, la plus légitime des forces : les parents. Pseudo devoir moral contre vrai devoir moral : il faut que la responsabilité des parents à l’égard de leurs enfants finisse par avoir le dernier mot. Il incombe absolument aux parents de ne pas trahir leurs enfants. Eux aussi méritent de pouvoir un jour faire en conscience le choix d’un destin bilingue.

Or, il n’y a ultimement pas d’autre moyen de pression sur un gouvernement de sourds que des parents qui décident de se tenir debout pour l’amour de leurs enfants. Et si la revendication doit passer, pour commencer, par une journée où ils n’enverraient pas leurs petits à l’école; eh bien qu’il en soit ainsi.

(1) Voir notamment l’article Ian Wishart : « Nous faisons tous avec moins » dans La Liberté du 29 novembre au 5 décembre 2017.

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