Comme d’habitude, l’abri pour itinérants Siloam Mission servira un festin de Noël aux laissés-pour-compte de Winnipeg le 24 décembre. Mais cette année ce seront les Grands Chefs autochtones de la province qui serviront la nourriture.

Par Gavin BOUTROY

Gilbert Fredette, maintenant Conseiller de bande et Chef par intérim de la Nation Crie de Norway House, est à l’origine de l’initiative. « Il y avait une tendance chez les Chefs d’ignorer les membres de leurs Nations qui sont en ville. Même si tout le monde sait que la moitié des Autochtones du Manitoba vit en ville. On veut commencer à renouer avec les plus marginalisés. »

C’est aussi une raison personnelle qui l’a motivé. Gilbert Fredette avait dix ans quand son grand frère Marcel s’est retrouvé pour la première fois en prison à l’âge de 14 ans. Il a vu son frère aîné aspiré dans le tourbillon infernal de la violence, de l’alcool, et de l’itinérance. Ils se sont à peine parlé en 35 ans. Ce n’est que récemment qu’ils ont pu renouer.

À la mort de leur mère, qui était crie, leurs chemins avaient bifurqué. Gilbert a fait des études, tandis que Marcel a passé des années dans la rue. « Notre père était québécois, Emery Fredette. Tout le monde l’appelait Henry. On a eu une belle enfance, il a fait tout ce qu’il pouvait pour nous. À voir notre famille maintenant, il doit se retourner dans sa tombe. La famille lui tenait à coeur…

« Mais moi, je me suis trouvé une autre famille, une communauté de mendiants. On ne fait de mal à personne, on n’est pas un gang. Quand on se regroupe, c’est pour notre sécurité.»

« Ce n’est peut-être pas la sécurité comme vous l’imaginez… Si l’un de nous a trop bu, et s’endort sur un banc, on montera la garde pour s’assurer qu’on ne lui fasse pas de mal. »

Gilbert Fredette estime que son frère a échappé à la mort plus d’une dizaine de fois. Marcel Fredette a été mutilé dans un accident de train alors qu’il voyageait clandestinement. Par ailleurs, il ne compte plus le nombre de coups de couteau qu’il a reçus. Il a du mal à mettre le doigt sur les raisons qui l’ont décidé à vivre dans la rue.

« Mon père me parlait de sa vie de hobo quand il a quitté le Québec. Comment il faisait bouillir l’eau de la rivière dans une vieille casserole trouée, les abris qu’il se construisait… Ça m’avait fasciné quand j’étais petit. Je crois que la première fois que j’ai passé une nuit dans la rue, j’étais déjà paré pour survivre. D’une certaine manière, j’ai voulu cette vie. »

Les deux frères se sont réconciliés lorsque, par hasard, Marcel a assisté à une présentation de Gilbert sur le traumatisme intergénérationnel. Marcel Fredette revient sur l’évènement : « Je détestais ma mère. Elle partait en cavale, nous abandonnait pendant des semaines, voire des mois. Mais elle avait été aux pensionnats autochtones. Grâce à la présentation de Gilbert, je me suis un peu réconcilié avec elle. Je comprends pourquoi elle n’était pas là, je comprends qu’elle avait souffert. Et moi aussi je souffrais. »

Marcel Fredette a maintenant son propre appartement, où il habite avec sa femme. Il vit de l’aide sociale. Il sera là, le 24 décembre lorsque son frère servira le dîner de Noël à des laissés-pour-compte de la communauté avec laquelle il a passé de nombreuses années de sa vie.

La croûte sera servie par, outre Gilbert Fredette, Kevin Hart, Chef régional du Manitoba pour l’Assemblée des Premières Nations; Sheila North Wilson, Grande Chef de Manitoba Keewatinowi Okimakanak; Arlen Dumas, Grand Chef de l’Assemblée des Chefs du Manitoba; Jerry Daniels, Grand Chef de l’Organisation des Chefs du Sud; et Brian Bowman, le maire de Winnipeg.

 

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