La nomination à l’Ordre du Canada de Réal Bérard, le caricaturiste attitré de La Liberté depuis 35 ans, autant dire son âme, est évidemment un honneur pour le journal. Voici les mots d’appui que nous avions envoyés au printemps dernier en faveur de sa candidature.

Dans le livre Les caricatures de Cayouche, publié en 1992 aux Éditions du Blé, se trouve en concentré tout Réal Bérard : l’homme, l’artiste qui cultive son francparler imagé et son coeur d’enfant. Une combinaison qui lui permet, semaine après semaine comme caricaturiste attitré de La Liberté depuis l’automne 1982 (sous le pseudonyme de Cayouche), d’envoyer des messages.

Dans toute son oeuvre, qu’il s’exprime en peinture, en sculptures de métal, de bois, de céramique ou de neige, le souci de l’artiste c’est de faire passer un message.

Ainsi son Christ monumental dans la Cathédrale de Saint-Boniface représente-t-il un homme accueillant, bras ouverts : un ressuscité plutôt qu’un crucifié. Ainsi son Louis Riel de bronze devant le Musée de Saint- Boniface : une tête massive sur un piédestal de béton. Un homme préoccupé plutôt qu’un personnage de pied en cap avec la traditionnelle ceinture fléchée.

Proposer un nouveau regard, mettre au défi : telle est la préoccupation centrale de Réal Bérard lorsqu’il crée.

Ce fouilleur devant l’éternel est en vérité un passeur dans l’âme. Il connaît le Bouclier canadien (versant manitobain) comme sa poche. En canot, acceptant par avance tous les défis de la grande sauvagerie, il a arpenté la plupart des rivières et des lacs. Il a transmuté ses tribulations en peintures, en sculptures. Cette partie de son oeuvre est un appel à partir explorer l’inconnu. Mais le passeur de sauvagerie Bérard est avant tout un homme terre à terre, dont le sens pratique n’a d’égal que son ingéniosité lorsqu’il s’agit de se sortir d’un obstacle imprévu. C’est pourquoi il a produit toute une série de cartes de canotage qui sont depuis quarante ans une invitation au voyage à laquelle des milliers de découvreurs en herbe n’ont pas pu résister.

Canadien français du Manitoba par toutes ses fibres, Réal Bérard a défendu sa culture d’origine. Au risque d’être mal vu. Ainsi le 15 février 1965, lorsque par un froid polaire le drapeau canadien est hissé pour la première fois devant le Palais législatif du Manitoba, il était de la toute petite poignée de gens présents pour honorer la feuille d’érable. Il a réalisé des centaines et des centaines d’illustrations pour saluer la culture de ses ancêtres. Parmi ses chefs-d’oeuvre dans cette veine figure le dessin animé Jours de Plaine, présenté par l’ONF au Festival de Cannes en 1990.

Passeur de sauvagerie, passeur de culture, passeur de traditions, passeur d’histoire et, par-dessus tout, passeur d’humanité. Car Réal Bérard n’est pas resté dans son pré carré : il a montré par son travail d’artiste la nécessité pour nous tous de s’élever jusqu’à l’universel, car il croit que nous sommes tous solidaires de la même Humanité.

Comme tous les grands créatifs auxquels la nature a confié des dons et des talents, Réal Bérard a toujours accepté la responsabilité de les faire fructifier. Toute sa vaste oeuvre développée sur une soixantaine d’années de rayonnement discret – car l’homme n’est pas un beau parleur- en témoigne éloquemment.

D’ailleurs les enfants ne s’y sont par trompés. En 1994, lorsqu’avec l’arrivée de la Division scolaire franco-manitobaine, l’école de Saint-Pierre dû prendre un nouveau nom, à l’unanimité les élèves choisirent de l’appeler École communautaire Réal-Bérard. Cette fois, c’était la jeunesse qui envoyait un message au vieux loup, qui a dû faire fi de sa modestie et accepter l’honneur.

Comme ce sera le cas si le jury de l’Ordre du Canada décide d’honorer un Canadien remarquable qui s’est investi dans tant et tant de projets communautaires sans jamais s’imposer.

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