« Le département des miracles est fermé. C’est à vous d’en prendre conscience. Est-ce que le gouvernement a envie que les Canadiens puissent voter comme des citoyens responsables’’? Parce que sans journaux, ce ne sera pas possible. » Sophie Gaulin. (Photo : PATRICK WOODBURY, Le Droit)

Par Sophie GAULIN

C’était le jeudi 1er février. L’appel tant attendu. Celui de la greffière du Comité permanent des langues officielles, Christine Helke.

Elle annonçait que La Liberté et Le Droit étaient invités à comparaître lundi 5 février à Ottawa devant le comité de parlementaires, présidé par Denis Paradis, et bien décidé à étudier la question de la crise que traversent les journaux de langue officielle en situation minoritaire et les médias dits traditionnels, en général.

Par où commencer?

De toute évidence par une histoire. Déformation professionnelle oblige…

Alors c’est l’histoire d’un petit hamster, à qui l’on demande de faire tourner en courant la roue de sa petite cage. Une jolie roue qui est d’une importance capitale. Car c’est elle qui génère assez d’électricité pour garder le monde éclairé.

Mais le hamster, lui, on le prend pour acquis. Il est là depuis longtemps. Et même si on lui demande de courir de plus en plus vite, on lui donne de moins en moins de nourriture. Mais on s’attend à ce qu’il coure toujours et encore plus vite. Question de rentabilité oblige.

On lui dit qu’on ne financera pas les petits hamsters qui « ne sont pas viables ». Bien décidé à vivre, il court encore plus vite. Mais un jour, à bout d’énergie, il s’épuise… puis meurt. C’est un peu l’histoire de la presse écrite au 21e siècle. On doit en faire toujours plus avec toujours moins. Et pourtant… on nous dit qu’on est bien importants. Que les journaux de qualité sont essentiels à la démocratie, et bien entendu, que les francophones du Manitoba ne sauraient se passer de leur journal centenaire La Liberté. Et pourtant. Pourtant, les gouvernements se succèdent et se ressemblent : ils manquent les uns après les autres à leurs devoirs envers la démocratie.

Une situation intenable

Depuis 2008, la publicité fédérale rentre de moins en moins dans nos journaux. Aujourd’hui, elle ne s’y retrouve presque plus. Elle va chez Google, Facebook et d’autres géants américains qui, non contents de recevoir la belle part du gâteau publicitaire, ne paient pas de taxes au Canada, et se délectent en plus d’alimenter leurs plateformes avec nos contenus. Et les journaux sont bien forcés d’utiliser ces réseaux. Question de visibilité oblige.

La Liberté est publiée par Presse Ouest limitée (POL), une corporation avec capital-actions qui doit se financer comme toute autre entreprise commerciale. POL n’est pas un organisme à but non lucratif financé principalement par des fonds publics, comme semble le penser la plupart du monde. Le modèle d’entreprise qu’elle opère depuis toujours est mieux connu aujourd’hui sous le nom d’entreprise sociale car son premier devoir est envers le public : celui de fournir des informations qui lui sont nécessaires pour vivre librement et de façon autonome. C’est un petit rappel, ou une mise au point bien nécessaire car il est important de comprendre que La Liberté, en tant qu’entreprise, n’est pas en mesure de faire des demandes de financements aux différents paliers gouvernementaux.

Ses revenus sont générés presqu’uniquement par la vente d’abonnements et d’annonces publicitaires. L’unique aide financière gouvernementale qu’elle perçoit, c’est 64 000 $. Et ce, sur un budget de plus d’1million $. Ces 64 000 $, c’est une aide accordée à toutes publications périodiques, qu’elles soient sans but lucratif ou des sociétés privées, par le Fonds du Canada pour les périodiques (FCP) de Patrimoine canadien. Le magazine e Hockey News publié par le groupe Transcontinental, à titre d’exemple, a reçu 1,4 million $ pour l’année fiscale 2014-2015 de ce même fonds.

Les abonnements représentent une part importante pour votre journal. Car au-delà de générer 10 % du chiffre d’affaires, ils démontrent à nos annonceurs que l’édition est désirée dans les foyers. D’où l’importance d’encourager ceux qui « empruntent » VOTRE Liberté à s’abonner.

Les publicités sont, quant à elles, capitales puisque c’est le volume de publicité qui détermine le nombre de pages pour chaque journal. Cette semaine, par exemple, nous vous livrons un 28 pages car nous avons vendu 14 pages de publicités. Alors quand vous prenez le journal entre vos mains et qu’il est mince, ce n’est pas bon signe. Ce n’est pas parce qu’on manque de sujets. C’est parce qu’on manque d’argent.

L’objectif de la comparution devant le Comité permanent des langues officielles se résume en 3 points :

1. Faire comprendre que le gouvernement fédéral ne peut se désengager d’annoncer dans nos journaux. Car c’est aussi dans les pages de La Liberté, et pas seulement sur Internet que les francophones du Manitoba attendent les avis et nouvelles du gouvernement. C’est aussi une façon d’aider le journal à continuer de couvrir les enjeux, les défis et les réussites locales. Et par le fait même de contribuer à la vitalité de la francophonie au Manitoba.

2. Dénoncer la pseudo-solution selon laquelle le virage numérique est la solution aux problèmes de la presse. L’ère numérique a forcé les hebdomadaires comme La Liberté non seulement à moderniser le moyen de livrer ses reportages mais à offrir de nouveaux rendez-vous quotidiens sur leur site Web. Pas question de publier une seule fois par semaine sur Internet. L’alimentation doit se faire au jour le jour, sur le site et les médias sociaux. Les journalistes doivent être plus nombreux dans les salles de nouvelles, et doivent pouvoir faire des vidéos, du montage, de la prise de son ou encore du graphisme. L’équipement doit être toujours plus performant et devient toujours plus vite obsolète.

3. Prouver au gouvernement fédéral que La Liberté, comme bien d’autres journaux au pays, ne s’est pas endormie lorsqu’est venu le temps d’adopter un nouveau modèle d’affaires. Si La Liberté est encore publiée aujourd’hui, c’est grâce aux revenus générés par l’agence de communication que nous avons mise sur pied en 2012. Outre les cahiers spéciaux encartés dans le journal que vous lisez presque toutes les semaines, La Liberté Communication vend des audits et des plans en communication, des brochures, des affiches, des calendriers, des vidéos, des animations, des publi-reportages ou encore des services pour alimenter sites web et réseaux sociaux, et ce à une quarantaine de clients.

Pistes de solutions proposées

Devant le Comité permanent des langues officielles, La Liberté et Le Droit étaient sur la même longueur d’onde sur les solutions à apporter à cette crise. Parmi elles, permettre aux entreprises médiatiques d’obtenir des crédits d’impôts sur la masse salariale qui crée du contenu original canadien, l’injection sans plus tarder de dollars en annonces publicitaires gouvernementales et une enveloppe spéciale pour les journaux de langue officielle en situation minoritaire dans le programme intitulé Fonds du Canada pour les périodiques. Autant de pistes de solutions pour qu’on arrête de nous prendre pour des hamsters.

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