Le Comité sénatorial permanent des langues officielles (CSPLO) était à Winnipeg pour entendre des acteurs de la communauté francophone manitobaine au sujet de la Loi sur les langues officielles. Retour sur certaines interventions du 15 février.

Par Valentin CUEFF

En 2019, la Loi sur les langues officielles aura 50 ans. À cette occasion, le CSPLO présentera au Sénat, le 30 juin 2019, un rapport sur la perspective des Canadiens sur une modernisation de la loi.

Ce rapport comprendra six volets. Le premier d’entre eux, résultat de semaines de consultations auprès de jeunes en milieu linguistique minoritaire, a été rendu public le 16 février à l’Université de Saint- Boniface.

La veille, ce sont des intervenants de différents secteurs qui se sont succédé devant les sénateurs René Cormier (président), Rose-May Poirier (vice-présidente), Raymonde Gagné, Paul E. McIntyre, Marie-Françoise Mégie et Lucie Moncion. Les représentants des domaines de la santé, de la culture, de l’économie ou encore de l’éducation ont tous réclamé une loi plus contraignante. Comme l’a résumé le président de Santé en Français, Francis LaBossière : « Il faut mettre du mordant dans la loi. »

De l’avis général, il faut renforcer les pouvoirs du Commissaire aux langues officielles (CLO). Lui permettre, notamment, d’imposer des amendes en cas de non-respect de la loi. Le président de la Société de la francophonie Manitobaine, Christian Monnin, a ainsi répondu aux interrogations des sénateurs sur la question : « Il faut faciliter les recours judiciaires. Mais dans le même temps, on pourrait éviter des recours en donnant plus de pouvoir de sanction au CLO. »

L’importance des redditions de comptes des gouvernements provinciaux est revenue à plusieurs reprises.

La sénatrice Moncion a cependant déclaré s’inquiéterdes conséquences des « chicanes sur la place publique, et de ce que ça reflète sur le fait français ». Elle a demandé aux personnes présentes si cela pourrait nuire à la crédibilité de la communauté francophone.

« On en est déjà là », a rétorqué Christian Monnin. À son opinion, les « chicanes judiciaires » sont déjà monnaie courante. « Obtenir des sanctions impliquent des sommes d’argent énormes. Il faudrait mieux s’assurer de l’efficacité de la loi. »

Côté santé, on milite aussi contre la loi du nombre, c’st-àdire l’idée que seul le nombre de personnes parlant le français justifie la mise en place de services bilingues. Annie Bédard, la directrice générale de Santé en Français, a insisté : « La vitalité des communautés devrait être le facteur premier, avant les nombres. »

La méthodologie de Statistique Canada a aussi été critiquée à plusieurs reprises durant les échanges. Par ailleurs, Alain Laberge, le directeur général de la Division scolaire franco-manitobaine (DSFM) est revenu sur le calcul du nombre d’ayants droit à l’éducation en français. À son sens, l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés « ne tient plus compte de la réalité de nos communautés en 2018, notamment du fait de l’exogamie de ses familles et de la diversité de leurs compositions. »

Le souci de l’accès à des services en français était au coeur des préoccupations . Francis LaBossière a noté les défis des francophones pour décrire leurs problèmes de santé en anglais. Une situation qui peut conduire à un traitement inadéquat. Par ailleurs, les services de santé mentale en français sont absents en milieu rural.

La directrice générale de l’Accueil francophone, Bintou Sacko, a évoqué le manque de formations professionnelles techniques en français à l’Université de Saint-Boniface : « Les nouveaux arrivants sont obligés d’aller dans des structures anglophones. »

Pauline Hince, la coordinatrice des projets de l’Union nationale métisse Saint- Joseph du Manitoba (UNMSJM), a pour sa part mis en avant le manque de reconnaissance des Métis francophones par le Fédéral, qui ne transige qu’avec la Manitoba Metis Federation (MMF).

Mariette Mulaire, la présidente-directrice générale du World Trade Centre Winnipeg, a souhaité voir une plus grande valorisation du français comme force dans le monde des affaires. « La société canadienne doit percevoir que la francophonie est un atout plutôt qu’une contrainte. » Le gouvernement doit, estime-telle, en assurer la promotion.

La plupart des intervenants ont soutenu l’idée que le Plan d’action quinquennal sur les langues officielles devrait être intégré dans la Loi sur les langues officielles.

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