Par Bernard BOCQUEL

La 11e Journée Louis Riel a une nouvelle fois permis de méditer une vérité consolante : rien n’est jamais définitivement fixé en matière d’histoire. Le chef métis a inspiré les courants politiques les plus divers. Des souverainistes de l’Est ou de l’Ouest en passant par de jeunes socialistes dans les années 1960, la liste des Riel est longue.

Le Riel de 1885. Le père d’une jeune famille est pendu pour haute trahison par vengeance et pour faire un exemple. John A. Macdonald couvait sa revanche depuis que le jeune métis de 1870 et ses alliés l’avaient obligé à concéder la création d’une cinquième province, le Manitoba.

Le procès tenu à Regina ne relève pas de l’erreur judiciaire, mais d’un scandale judiciaire. Il s’agissait de masquer un assassinat politique en règle. Trop d’historiens ont ensuite fait leur part pour salir la mémoire de Louis Riel. Il a fallu attendre 1936 et The Birth of Western Canada de George Stanley pour que la contribution déterminante des Métis au maintien de l’Ouest canadien dans le giron du Dominion commence à être reconnue.

Le Riel de 1968. Assez de consciences éclairées réussissent enfin à ériger un premier monument public à sa mémoire à l’endroit même où il a été pendu. Son inauguration constitue pour le tout nouveau Premier ministre qui surfe encore allègrement sur sa vague de Trudeaumania l’occasion de faire valoir quelques considérations socio-politiques bien senties.

À la une du 9 octobre 1968. La Liberté et Le Patriote rend compte de l’essentiel des propos tenus par l’ancien ministre de la Justice. Pierre Elliott Trudeau n’a pas eu besoin qu’on lui écrive son discours. Extraits :

« Personne dans toute l’histoire du Canada n’a subi durant sa vie autant de revers de fortune. Il fut tour à tour chef de son peuple, président d’un gouvernement provisoire, fondateur de la province du Manitoba, fugitif en exil, député hors la loi, puis prisonnier. […] Quelles sont les forces qui ont motivé les actes de cet homme? Riel et ses compagnons protestaient contre l’indifférence du gouvernement et son refus de les consulter sur des sujets qui les intéressaient d’une façon vitale. Dans toute démocratie, il est trop facile pour la majorité d’oublier les droits de la minorité. Nous ne devons jamais oublier qu’en fin de compte on juge une démocratie selon la façon dont elle traite ses minorités. Le combat de Louis Riel n’est pas encore gagné. »

En 1982, le combat pour le respect des minorités a franchi une étape décisive dans l’histoire de notre pays lorsque le même Trudeau, suite à des luttes homériques, a réussi à incorporer dans la Constitution la Charte canadienne des droits et libertés. Les antichartistes n’ont jamais manqué de rappeler que la motivation suprême pour ce texte fondamental réside dans son article 23, celui qui a donné aux minorités linguistiques le droit d’éduquer leurs enfants dans leur langue et ainsi permis d’assurer une base à la vision d’un pays bilingue.

Le Riel de 2018. À un temps où Justin Trudeau semble sérieusement engagé à tenter de résorber les terribles problèmes qui affligent les populations autochtones, il serait bien avisé de relire le discours prononcé à Regina par son père. Car l’immense défi de rendre enfin justice aux Premières Nations exige aussi de solder un autre lourd compte du passé en réhabilitant Louis Riel.

À Trudeau fils de faire preuve de volonté politique, d’arrêter de se cacher derrière des arguties juridiques. Tant il est vrai qu’on mesure aussi l’état de maturité d’une démocratie à la façon dont elle reconnaît d’anciens abus de pouvoir contre des gens autant méprisés que sans défense.

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