Par Bernard BOCQUEL

Le budget fédéral fin février contenait la promesse de plus d’argent pour la francophonie minoritaire organisée. Promesse tenue. Le quatrième plan d’action quinquennal depuis 2003 a été, pour reprendre la formule utilisée le 28 mars dans plusieurs communiqués de presse d’organisations concernées, « accueilli favorablement ».

Parmi la série de déclarations officielles, celle de la Fédération de la jeunesse canadienne-française, présidée par l’ancien président du Conseil jeunesse provincial, est particulièrement enthousiaste. Pour Justin Johnson «L’avenir débute maintenant! »

Le fait qu’il a rencontré le jour même le Premier ministre du Canada et la ministre du Patrimoine canadien Mélanie Joly n’est peut-être pas étranger à l’optimisme du ton. Aux maîtres des subventions, Justin Johnson a notamment déclaré : « La dualité linguistique est une des valeurs fondamentales du Canada et cette dualité est respectée et renforcée seulement si nous sommes en mesure d’assurer des communautés qui sont fortes et engagées. En investissant dans l’avenir, dans les jeunes et dans les communautés, nous assurons la pérennité et la vitalité des langues officielles au Canada. »

On ne voit guère comment Justin Trudeau aurait pu mieux mettre en mots les quelque 2,7 milliards $ sur cinq ans, dont une partie de « l’investissement » garantira, sinon l’élan du français, du moins l’écosystème des francophonies organisées à travers le pays.

On ne voit pas non plus comment les représentants, sinon de la jeunesse francophone, du moins de ceux qui se donnent la responsabilité de la stimuler, pourraient mieux tourner le dos à toute velléité revendicatrice.

Au tout début des années 1990, lorsque la Fédération des francophones hors Québec (FFHQ) s’est métamorphosée en Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada, le cadre de pensée mis en place a fait de l’idée de « communauté » la fin en soi de projets personnels d’un bilinguisme français-anglais.

Ainsi, on demande à la jeunesse de non seulement devenir des bilingues fonctionnels, mais par surcroit de porter le fardeau de la bonne santé d’une communauté. Pareille exigence n’est pas à la portée du premier venu. Il faut être doté d’une solide fibre missionnaire pour porter à bout de bras un tel contrat moral.

À l’époque de la francophonie militante des années 1960 et 1970, les leaders jeunesse convaincus de la cause française mesuraient leur influence à leur capacité mobilisatrice. Pour faire bouger des jeunes, il fallait se montrer revendicateurs. Il était impensable de courtiser l’Establishment.

Dans cette perspective, le coup emblématique des dirigeants du Conseil jeunesse provincial a eu lieu en 1978, au moment où la Commission Pépin-Robarts sur l’unité canadienne sondait l’opinion publique pour trouver les meilleures parades à la menace référendaire du Parti québécois. C’est l’actuel juge en chef du Manitoba, Richard Chartier, qui avait déposé devant les commissaires une brouette pleine de documents sur la situation précaire des francophones manitobains. Il portait un message clair : Tout a été dit!

Pour les militants pro-francophonie de ces années-là, prendre acte du comportement politique de la jeunesse actuelle, c’est devoir admettre un renversement des mentalités. Visiblement, leurs successeurs de 2018 font le pari d’une espèce de symbiose avec les gouvernants pour faire avancer leurs convictions.

Ceci remarqué, le véritable enjeu politique pour l’avenir des bilingues français-anglais est la plus que nécessaire modernisation de la04. Là se tient le vrai test de la volonté politique des libéraux. Pas dans leur capacité à dépenser de l’argent.

Souhaitons que le communiqué de presse de la Fédération de la jeunesse canadienne-française puisse être rempli d’une justifiable ferveur le jour où Ottawa rendra public son projet sur la modernisation de la Loi sur les langues officielles.

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