Elle a 105 ans. Petite, elle savait qu’elle voulait enseigner. Marie-Ange Ayotte-Boulet livre quelques souvenirs de ses années passées dans les petites écoles de campagne et les salles de classes bonifaciennes.

Par Daniel BAHUAUD

Marie-Ange Ayotte-Boulet a célébré son 105e anniversaire le 25 mars dernier. Lorsque La Liberté lui a rendu visite au Manoir de la Cathédrale, l’ancienne enseignante, l’esprit toujours bien vigoureux, n’a pas hésité d’énoncer son principe pour mener une vie heureuse et comblée :

« Il faut suivre sa vocation. Enseigner, pour moi, c’était plus qu’un métier. J’ai été appelée à être institutrice. J’ai toujours su ce que je voulais faire de ma vie. Je suis née pour enseigner. »

Cette conviction, Marie-Ange Ayotte-Boulet (née Marion), la démontrait dès un bas âge, lorsqu’elle encourageait ses petits frères Maurice, André et Roméo, à mémoriser leurs prières. « Je les aidais à apprendre leurs leçons, lorsqu’ils étaient à l’école. Pourquoi? Parce que ça me venait tout naturellement. J’ai toujours aimé apprendre. Tout m’intéresse, mais j’aime tout particulièrement l’Histoire. J’ai toujours voulu constater et comprendre le progrès humain. J’en ai vu des changements avec le temps. Et ils m’intéressent encore. Je lis La Liberté du début à la fin, même si j’ai besoin d’une loupe. »

Fille aînée de Frédéric Marion et de Marie-Anne Barnabé, Marie-Ange Ayotte-Boulet a grandi sur une terre à cinq milles de Saint-Jean-Baptiste. Elle a été pensionnaire au couvent du village pendant un an, le temps requis pour bâtir l’école Fillion, qui était de l’autre côté du chemin de la ferme Marion.

« Je suis retournée au couvent pour ma 8e année. Les Soeurs des Saints Noms de Jésus et de Marie étaient de très bonnes enseignantes. Parce que j’aimais apprendre, je ne les ai jamais trouvées strictes. Mais j’ai trouvé difficiles les examens de l’Association d’éducation des Canadiens français du Manitoba. Il fallait avoir un bon français pour les réussir. Surtout les compositions. Pour développer notre talent d’écriture, les bonnes soeurs nous envoyaient couvrir des évènements du village. Les mariages, les funérailles. »

À 19 ans, Marie-Ange Ayotte-Boulet fréquente l’École normale à Winnipeg, une expérience qu’elle qualifie de « difficile ». « Chez nous, et au village, ça se passait en français. Apprendre en anglais, ce n’était pas évident. Et je pense que le principal de l’école n’aimait pas les Français. »

La jeune institutrice entame sa carrière à l’école Fillion de son enfance. « Dans une petite école de campagne, il fallait être prête à enseigner aux jeunes de tous les âges. Ajuster sa manière de parler, son registre de langue pour chaque élève, c’était un défi. »

Son parcours professionnel la conduira ensuite à Sainte-Anne, Aubigny et Sainte-Élizabeth et, au bout du compte, à l’école Marion à Saint-Boniface.

« Je n’ai pas eu d’enfants. Les élèves ont été mes enfants. J’ai adoré les filles. Je les aurais toutes adoptées. Bien sûr, certaines étaient plus adoptables que d’autres. Le défi était de ne pas montrer qu’on avait nos préférées. Comme Simone Levasseur, une des élèves très intelligentes et travaillantes que j’ai rencontrées. Elle était très habile en composition. Elle avait le souci du détail, de la bonne description. C’est dommage qu’elle avait déjà des parents! »

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