La réélection des libéraux en 2019 pourrait dépendre du sort de l’entente que propose Justin Trudeau aux Canadiens pour relancer l’industrie pétrolière tout en protégeant l’environnement. (Photo : Archives Francopresse)

Le duel entre la Colombie-Britannique des écologistes et l’Alberta des pétrolières rappelle la chanson de Petula Clark : Tout le monde veut aller au ciel, mais personne ne veut mourir — ou perdre des élections. Les premiers ministres des deux provinces ont discuté de leurs différences en présence du chef fédéral le 15 avril sans trouver d’autres issues que des recours judiciaires pour réaffirmer leurs compétences.

Par Jean-Pierre DUBÉ (Francopresse)

L’administration de Rachel Notley a déposé un projet de loi le lendemain afin de s’habiliter à contrôler la quantité de pétrole que la province productrice pourrait livrer à sa voisine qui en dépend.

Le gouvernement de John Horgan réagirait par injonction à cette initiative, promettant de contester les prérogatives d’Ottawa en matière d’énergie et de retarder indéfiniment le projet d’acheminer 325 millions de barils de brut annuellement à travers son territoire.

Le cabinet de Justin Trudeau a promis de compenser l’entreprise texane Kinder Morgan pour les retards qu’elle subit dans le développement de son projet d’oléoduc de 7,4 milliards. Ottawa entend également légiférer pour réaffirmer son autorité d’approuver de tels développements.

« La résolution de ce conflit peut prendre énormément de temps, souligne l’auteure Dominique Perron, la spécialiste du discours du pétrole. Les trois chefs impliqués se sont tous piégés dans un coin, chacun à leur façon. C’est Trudeau le pire parce qu’il pratique une politique de l’oxymore : avec des contradictions dans les termes, on arrive toujours dans une impasse.»

« Justin Trudeau est un peu en retard sur le réel »

« On ne peut plus affirmer, dans l’état de nos connaissances scientifiques, qu’on peut aider l’environnement tout en favorisant le développement industriel. »

La résidente de Nelson (Colombie-Britannique) soutient que relativement aux questions industrielles et environnementales, le régime constitutionnel et législatif du Canada (incluant la répartition des compétences) est désuet.

« Notre Trudeau est un peu en retard sur le réel, soutient Dominique Perron. Selon des scientifiques et des experts du domaine pétrolier, ce pipeline pourrait être sous-utilisé ou complètement vide dans cinq ou six ans. Les pipelines sont une technologie du passé. Il faudrait prendre un pari sur les nouvelles formes d’énergie. Tout est un peu dépassé dans nos batailles juridiques. »

Dimanche dernier encore, le chef libéral a rappelé son engagement de « concilier la croissance économique et la protection de l’environnement », réitérant son adhésion à l’Accord de Paris sur la réduction des gaz à effet de serre.

Selon le chroniqueur John Ibbitson du Globe & Mail, 90 % des électeurs seraient incapables d’expliquer cette approche qu’il qualifie de « Grand Liberal Bargain ». La réélection des libéraux en 2019, écrit-il, dépendra du sort de l’entente proposée par Justin Trudeau.

« Les ingrédients réunis pour une crise constitutionnelle »

Le politicologue Frédéric Boily du Campus Saint-Jean (Edmonton) considère également que l’enjeu des compétences n’est pas le nœud de la querelle. « Il s’agit plutôt d’une crise politique qui implique des Premiers ministres qui poursuivent tous un projet politique et qui sont chacun engagés dans leur propre survie politique.

« Le tandem Trudeau-Notley prône la conciliation de l’économie et de l’environnement tout en appuyant la construction du Trans Mountain. Le gouvernement Horgan, qui défend les compétences de son gouvernement pour la régulation de l’environnement, vient de recevoir un appui du gouvernement du Québec. Les ingrédients sont réunis pour que la crise s’envenime et devienne constitutionnelle. »

Les tensions politiques déjà exacerbées par les négociations sur la taxe du carbone semblent avoir un impact sur l’intensité des manifestations. Dominique Perron s’inquiète des demandes qu’Ottawa intervienne avec l’armée pour contenir l’opposition à Trans Mountain.

« Il y a des politiciens qui ont parlé de ça sans réfléchir, mais on a vu ce cas-là dans les années 1970 au Québec avec la Loi sur les mesures de guerre. Si Trudeau veut faire ça pour intervenir, ce serait un premier pas vers un certain éclatement du Canada. »

On ignore pour l’instant si des accusations formelles seront portées contre des manifestants, incluant la cheffe Elisabeth May du Parti vert fédéral, arrêtée le 23 mars sur le chantier de Trans Mountain après avoir bravé l’injonction d’un tribunal provincial.

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