Philippe Larouche a toujours eu la danse dans le corps, et dans la tête. Petit, il composait déjà ses premières pièces dans son sous-sol. Aujourd’hui, le jeune chorégraphe présente sa dernière création, For Bye and About. (1)

Par Manella VILA NOVA

Le jeune danseur et chorégraphe originaire de Laval au Québec revient sur son parcours. « J’ai commencé à danser à sept ans, dans une école récréative où j’avais 15 heures de cours par semaine. Un jour, l’un de mes professeurs, Fabrice Rouville, s’est assis avec mes parents et leur a recommandé de me mettre en cours privés. C’était un cadeau de travailler avec lui. »

À 15 ans, Philippe Larouche rejoint la division professionnelle du Ballet royal de Winnipeg, dont il ressort diplômé trois ans plus tard. « Quand je suis rentré à l’école, je savais que je voulais créer. C’était quand même un rêve un peu tabou pour moi. Je ne voulais pas y penser trop fort, pour ne pas être déçu. »

À la fin de son cursus à Winnipeg en 2011, il retourne au Québec, où il commence des études universitaires en ingénierie. « Je pensais que c’était un moyen rapide d’avoir un diplôme. Mais ce n’était pas un milieu pour moi. J’ai arrêté de danser pendant six mois, puis j’ai recommencé à prendre des classes ouvertes. »

Sauf qu’après une formation si intensive, quelques classes par semaines ne lui suffisent pas. Et il retourne vers ses premières amours. « J’ai rejoint le programme d’aspirant au Ballet royal en 2013. J’ai précisé dès le début que je voulais chorégraphier. C’était un espoir, parce que dans ma tête, être aspirant était déjà une réussite. Finalement, j’ai créé trois pièces complètes et trois ou quatre solos en deux ans. »

Puis en 2015, il obtient le contrat tant espéré avec la compagnie. « Ça a fait du bien d’avoir cette opportunité. J’ai passé deux belles années comme apprenti, au cours desquelles j’ai appris à me trouver en tant qu’artiste. J’ai eu la chance de travailler sur le projet Going Home Star, un ballet inspiré par les écoles résidentielles. Grâce à ce projet, j’ai pu découvrir la communauté autochtone de Winnipeg. C’est là que j’ai commencé à réaliser à quel point ma perspective de la vie était influencée par le privilège blanc. »

Philippe Larouche a approfondi le travail sur lui-même lors d’un voyage en Côte d’Ivoire l’été dernier. « J’étais danseur dans le projet de Freya Olafson, une artiste visuelle de Winnipeg, pour les Jeux de la francophonie. J’ai été accueilli à bras ouverts dans cette communauté, sans haine ni préjugé. J’avais au départ un concept très ignorant de l’Afrique. Ça m’a montré à quel point ça apporte de la joie d’ouvrir ses portes et de partager ce qu’on connaît. C’était un échange culturel au plus pur sens du terme. On venait tous de milieux différents, et on dansait ensemble pendant des heures. »

Le chorégraphe s’inspire, entre autres, de son expérience africaine dans sa nouvelle création, sur laquelle il travaille depuis mai 2017. « Je reconnais l’influence de toutes les personnes qui m’ont appris à danser à travers ce que je crée. Dans ce spectacle, je veux explorer l’individualité du Ballet royal de Winnipeg, parce que j’ai été modelé par le ballet ici. Avec ma perspective de danseur et d’enseignant dans cette organisation, je pense qu’il est possible d’apporter ma touche et ma vision pour partager une histoire plus grande que moi. »

Le résultat est une pièce de 13 minutes pour six danseurs, sur une musique de Beethoven. « Nous n’avons pas vraiment l’habitude d’explorer des pièces uniquement pour garçons. Le travail de partenaire entre deux hommes crée une difficulté, parce qu’ils veulent mener tous les deux. Mais je vois le potentiel de la pièce, j’adore le mouvement, et je sais qu’une fois sur scène, ça va être magnifique. »

Ce projet marque la réalisation d’un rêve pour Philippe Larouche. « Enfant, je disais qu’un jour, je ferais danser des professionnels. 15 ans plus tard, je vis ma vie avec un salaire de chorégraphe et de danseur. Tout le monde n’a pas cette chance, et je pense que c’est important de rester humble et de garder les pieds sur terre. Les circonstances de la vie m’ont amené ici, et ce serait irrespectueux de l’oublier. »

(1) For Bye and About, l’une des oeuvres du programme mixte du Ballet royal de Winnipeg, à la Salle du Centenaire du 2 au 6 mai.

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