Par Bernard BOCQUEL

La Liberté de la semaine dernière (du 25 avril au 1er mai) contenait un supplément, un numéro spécial du magazine Histoire Canada, dont le sujet ne peut qu’interpeler tous les Canadiens qui suivent le moindrement l’actualité qui charrie, presque tous les jours, quelque drame lié à la vie des Autochtones : LES TRAITÉS ET LES RELATIONS QUI EN DÉCOULENT.

Sans doute que beaucoup d’entre vous ont décidé de garder ce document-cadeau, tellement il tombe sous le sens que la plupart d’entre nous sont mal équipés pour comprendre les tenants et les aboutissants de la question autochtone.

Le rédacteur en chef du magazine à vocation historique, Mark Reid, résume bien l’objectif de son équipe sur ce projet aussi spécial que nécessaire : « Depuis la nuit des temps, les Premières Nations ont tissé des liens d’amitié et de filiation avec d’autres peuples autochtones. Ces liens se sont par la suite étendus aux nouveaux arrivants européens qui ont débarqué en Amérique du Nord voilà plusieurs siècles. Les Traités conclus entre les Premières Nations et la Couronne sont des accords vivants. C’est-à-dire qu’ils sont aussi pertinents aujourd’hui qu’ils l’étaient le jour de leur signature. »

Le pari éditorial de l’équipe d’Histoire Canada, qui propose dix contributions rédigées par des spécialistes, est largement tenu. Car on sent bien la volonté de présenter aussi simplement que possible la manière dont les Autochtones ont considéré et considèrent toujours les Traités. Les auteurs ont aussi pris grand soin de faire ressortir l’humanité en jeu dans ces Traités. Autrement dit, comment la dignité humaine est affectée quand la parole donnée est trop souvent bafouée, sitôt que le rapport de force se déplaçait en faveur du colonisateur.

Sur la dizaine de contributions, deux sont signées par des Manitobaines. Il s’agit de l’avocate Aimée Craft, spécialisée en droit autochtone canadien et anishinaabe, professeure adjointe à la faculté de common law à l’Université d’Ottawa. Et de Karine Duhamel, PhD, qui est depuis peu la directrice de la recherche pour l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées. Les deux sont d’origine métisse et anishinaabe et comprennent d’office, en leur qualité de bilingue de naissance au Manitoba, le besoin d’expliquer le point de vue du minoritaire à des majoritaires.

Reconnaissons-le franchement : s’il y a un groupe d’humains qui devrait se sentir proche des revendications autochtones, c’est bien les gens du fond métis canadien-français, canadien-français, ainsi que tous ceux qui ont participé depuis les années 1890 à la résistance contre la volonté du Maître anglophone d’éradiquer toute velléité de bilinguisme.

En effet, tout bilingue manitobain par choix sait ou devrait savoir que la Loi sur le Manitoba de 1870 contient des garanties en faveur de la langue française parce que Ottawa n’était pas encore en position de dicter ses conditions aux habitants de la Colonie de la Rivière-Rouge.

La même mésaventure, ou plutôt le même scandale, est arrivé aux Premières Nations en 1763, année de la fameuse Proclamation royale émise par le Roi George III dans le prolongement de la conquête de la Nouvelle-France. L’entente devait assurer aux Autochtones la possession paisible de leurs terres traditionnelles avec la promesse que toute cession de ces terres serait subordonnée à une consultation des gens concernés. Promesse évidemment faite à un temps où les Autochtones entretenaient encore un certain rapport de force avec les Britanniques.

Après la lecture du numéro spécial d’Histoire Canada sur les Traités, il n’est plus possible de dire, à la manière du What does Quebec want? des années 1960 : Mais pourquoi ils sont jamais contents ces gens-là?

 

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