Par Bernard BOCQUEL

Il faut s’attendre à ce que le 12 mai des voix s’élèvent pour saluer la naissance du Manitoba. Puisque ce jour-là en 1870, après d’âpres négociations menées par l’abbé Noël Ritchot, la Loi sur le Manitoba reçoit la sanction royale pour être promulguée le 15 juillet. Entre autres, pour permettre aux gens de la Rivière-Rouge de se prononcer.

Longtemps la version officielle de la naissance de la Province du Milieu a occulté ce fait. Mais grâce à la montée en puissance du phénomène métis, des chercheurs à l’esprit plus scientifique que nationaliste ont entrepris de poser un regard neuf sur l’époque. Un essai publié en 2010 consacré à L’histoire de l’Assemblée législative d’Assiniboia en constitue un bon exemple.

Cette Assemblée législative d’Assiniboia, présidée par Louis Riel, a siégé du 9 mars au 24 juin 1870. La quasi-totalité des législateurs était métis. L’équilibre entre anglophones et francophones était respecté. La troisième et dernière session avait pour but d’entendre le curé de Saint-Norbert, tout juste de retour d’Ottawa, expliquer la Loi sur le Manitoba.

Citons un extrait significatif de l’essai publié sous la direction de Norma Hall, Ph.D. : « Après avoir questionné Ritchot sur les implications des différentes clauses et reçu la réassurance que, contrairement à ce que disaient les journaux, les gens du Canada étaient en faveur du gouvernement provisoire, l’Assemblée fut satisfaite que les droits qui lui tenaient à coeur avaient été reconnus. […] Le commentaire de conclusion revint à Louis Riel, tel que noté par le greffier William Coldwell : Je félicite les gens du Nord-Ouest pour le dénouement heureux de leurs réalisations (applaudissements). Je les félicite pour leur modération et pour la fermeté avec laquelle ils ont poursuivi leurs objectifs ; et je les félicite d’avoir eu assez confiance en la Couronne d’Angleterre […] »

On sait que cette confiance espérée par les élus du petit peuple de la Rivière-Rouge a été piétinée bien des fois par Ottawa. Pour se le remémorer collectivement, pour dépasser en tant que société manitobaine ces manquements à l’honneur de la Couronne qui ont porté atteinte à notre vivre ensemble, il est grand temps de mettre enfin l’accent sur le 15 juillet, la véritable date de naissance du Manitoba. (1)

Et qui de mieux placés que les Amis d’Upper Fort Garry pour faire valoir la vérité historique? Eux qui ont pris la responsabilité de faire revivre bien plus que symboliquement le haut lieu politique de la Colonie de la Rivière-Rouge, l’endroit où ont siégé les députés de l’Assemblée législative d’Assiniboia, au temps où régnait l’espoir d’un respect mutuel.

Lorsqu’en 2004 la Ville de Winnipeg a déclaré bien excédentaire le site d’origine du fort, c’est ce groupe de bénévoles influents, conscients du potentiel pédagogique de l’endroit, qui a su rendre irrésistible sa vision d’un parc provincial du patrimoine. Leur motivation peut se résumer en deux faits. En 2007, il leur a suffi d’une centaine de jours pour recueillir 10 millions $ afin de prouver leur sérieux à la Ville. Le 27 juin 2010, la Loi sur le parc provincial du patrimoine d’Upper Fort Garry a reçu la sanction royale, avec une clause qui fixait son entrée en vigueur par proclamation; proclamation qui s’est produite, et évidemment pas par hasard, le 15 juillet 2014.

Cette date est maintenant gravée dans l’acier à l’entrée du site. Un rappel inflexible que c’est bien le 15 juillet 2020 à cet endroit même qu’il faudra célébrer en grandes pompes les 150 ans du Manitoba.

1) L’honneur de la Couronne, c’est-à-dire nous tous, ne l’oublions pas.

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