Le quartier général du Service de police de Winnipeg, situé avenue Graham, au centre-ville. Photo: Daniel Bahuaud

16 avril. La Police de Winnipeg annonce la mise en place d’un protocole pour permettre aux victimes d’agression sexuelle de déclarer le crime à une tierce partie. La nouveauté? Proposer un contexte moins intimidant qu’un poste de police. La GRC a développé un protocole semblable, rendant le service possible partout au Manitoba. Le hic? Personne n’a pensé aux francophones.

Par Daniel BAHUAUD

Le protocole développé par Justice Manitoba et par la Police de Winnipeg permet aux victimes d’agression sexuelle de rapporter l’incident au Klinic Community Health Centre, à Sage House et au Heart Medecine Lodge.

Contactée par La Liberté, qui a soulevé la question de l’absence d’un service en français et la possibilité d’offrir ce service auprès d’un organisme francophone, la porte-parole du Service de la Police de Winnipeg, Ally Siatecki, a répondu en anglais par voie de courriel :

« À l’heure actuelle, nous offrons le service de tierce partie auprès des trois agences avec lesquelles nous avons déjà une bonne relation de travail. Étant donné la nouveauté du protocole, nous n’allons pas étendre le service à d’autres agences.

« Nous devons considérer qu’il n’y a pas seulement des francophones à Winnipeg. Et c’est pourquoi le Centre Klinic a un service d’interprètes. Si une personne ne parle que le français, l’hindi, le swahili ou le tagalog, Klinic va s’assurer de trouver une personne qui puisse l’aider. Il faut que les formulaires de la Police de Winnipeg soient en anglais pour que tout le monde comprenne le procès-verbal de la victime. »

Nicole Chammartin, la directrice de Klinic, confirme que « le service n’est pas officiellement bilingue ». « Nous avons du personnel et des bénévoles bilingues, mais ils ne sont pas toujours disponibles. On doit se prévaloir du service de traduction en ligne de l’ORS de Winnipeg. »

Contacté au tout début de juin par La Liberté, Paul Manaigre, le porte-parole officiel à la Gendarmerie royale du Canada, a exprimé sa surprise que le service en français n’était pas offert. « Je trouve ça bizarre. Pour la GRC, c’est une vraiment bonne idée. Et ça devrait aller de soi. »

Le 15 juin, Paul Manaigre a recontacté La Liberté pour préciser que le sergent Joe Duncan, le responsable du dossier, allait rencontrer le personnel de Klinic pour « discuter de la question linguistique ».

Pour avoir la position de la Ville de Winnipeg, La Liberté a pris contact par voie téléphonique et par courriel avec Nicole Young, la coordonnatrice des services en français. Au moment d’écrire ces lignes, une réponse ne nous était pas encore parvenue.


Pluri-elles est prêt

Mona Audet, la directrice de Pluri-elles, assure que son organisme « est bien placé pour offrir un service de déclaration d’agression sexuelle ».

« Notre mission principale est d’aider les gens. On a des travailleuses sociales, des personnes qui font de la médiation et qui offrent des ateliers sur l’intimidation. On a donc le personnel.

« 95 % des victimes d’agression sexuelle ne rapportent pas le crime. C’est donc manifestement évident qu’on doit faire tout notre possible pour les aider à rapporter. Il faut les aider à sortir de la peur. L’important, c’est que ça se passe en français. Quand tu souffres, tu as besoin de t’exprimer dans ta langue.

« Alors est-ce que ça pourrait être Pluri-elles? Certainement. Mais il y a aussi de la violence faite aux hommes. Le Centre Renaissance sur Autumnwood au Parc Windsor pourrait faire partie de l’équation. L’essentiel, c’est que le service en français soit offert. »


Rochelle Squires : d’accord

Rochelle Squires, dans ses rôles de ministre des Affaires francophones et de la Condition féminine, estime « important » que les victimes des agressions sexuelles puissent faire enregistrer leur déposition « dans la langue de leur choix ».

« Je sais d’expérience qu’une agression sexuelle est un évènement traumatisant, intensément personnel. Quand j’ai parlé de cette expérience à l’assemblée annuelle de Pluri-elles, on m’a accordé la permission de le faire en anglais. Il m’aurait été impossible de parler de cette agression en français.

« Je souhaiterais donc voir ce service offert aux francophones, et qu’elles puissent remplir leur rapport en français. Je crois qu’un organisme comme Pluri-elles, qui offre déjà des services ayant rapport à la violence familiale, pourrait potentiellement offrir ce service. Je crois beaucoup à la possibilité de permettre la déclaration d’une agression par le biais d’une tierce partie. Et je serais heureuse de servir d’intermédiaire entre Pluri-elles et les autorités policières. »

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