Bernard Bocquel

Par Bernard BOCQUEL

C’est un fait que la population autochtone, à la fois par sa remarquable croissance démographique dans le dernier quart de siècle et la volonté de ses élites de secouer une fois pour toutes la soumission aux vieux schémas coloniaux, est bien placée pour faire évoluer le Canada dans le sens d’un plus grand respect pour les droits de la personne.

Le réveil des Premières Nations constitue la grande chance des Canadiennes et des Canadiens d’en finir avec l’image totalement erronée d’un pays où tout le monde est beau, tout le monde est gentil. Car s’il est vrai que notre pays n’est pas le fruit de conquêtes sanguinaires, il n’en reste pas moins que la loi du dominant-dominé reste le socle sur lequel s’est bâti et maintenu le Canada.

Que l’on pense à la cession de la Nouvelle-France à la Couronne britannique au Traité de Paris en 1763. Un épisode diplomatique qui tirait les conséquences de la défaite décisive des Français à la bataille des Plaines d’Abraham en 1759. Au nom de cette déroute militaire, des générations et des générations de « vainqueurs » se sont senties en droit d’exiger des Canadiens français une soumission totale.

Mais les Canadiens français trouvaient qu’ils avaient pour eux la légitimité de l’antériorité et donc le droit d’exister comme catholiques parlant le français plutôt que de se métamorphoser en anglophones protestants. L’argument massue qu’on entendait encore communément dans les années 1960 : « Hey, remember, you lost the war! » était censé avoir une valeur définitive, au nom de l’immémoriale loi du dominant-dominé.

Mais les Anglais, assez pragmatiques pour voir qu’ils avaient besoin des conquis pour faire fonctionner leurs commerces, ont donc préféré les avoir à l’usure. Cette relative politique de faiblesse a permis aux Canadiens français de se multiplier au fil des générations et de faire valoir au Maître anglais que de tabler sur le respect de la diversité était le meilleur ciment pour maintenir l’unité du pays. La concession était de jurer allégeance à la Couronne britannique. Un moindre mal.

C’est un fait d’histoire que les Canadiens français ont été les chantres de la diversité. Cette même diversité qui est aujourd’hui plus que jamais érigée en valeur canadienne suprême dans le but d’intégrer les divers flots d’immigrants.

Les Canadiens français, par leur volonté de résister, ont donc assuré que l’unité canadienne ne se fonde pas sur le fantasme qui consiste à uniformiser la population pour asseoir une victoire militaire. C’est là sans contredit un legs inestimable, qui devrait aider quelque 36 millions de Canadiens à comprendre à quel point le refus des Autochtones de renoncer aux Traités qu’ils ont signé aux siècles derniers représente une chance formidable pour le pays.

Le mot clé pour pleinement prendre conscience de l’apport potentiel des Premières Nations à l’ensemble de la société canadienne est évidemment « réconciliation ». C’est le maître-mot pour dépasser le mur dressé depuis toujours entre « nous » et « eux ». Il suffit au fond tout simplement de reconnaître que ce mur n’est qu’un artifice commode, une excuse pour ne pas aller vers l’autre et chercher à comprendre son point de vue.

La réconciliation, c’est un travail d’ouverture pour chacun. À chacun de reconnaître, au nom de la diversité, que « la réconciliation, c’est moi ». À la 113e Fête du Canada en 1980, dans le prolongement du référendum québécois sur la Souveraineté-Association de mai 1980, le Conseil pour l’unité canadienne avait lancé une campagne autour du thème « Le Canada, c’est toi et moi ». Pour le 151e anniversaire de la Confédération, le constat paraît plus évident et nécessaire que jamais.

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