La maison natale de Colette devenue musée en 2016 et située à Saint-Sauveur-en-Puisaye à 200 km au sud de Paris. Photo : Gracieuseté Frédéric Maget

Les maisons natales de Gabrielle Roy et de l’écrivaine française Colette sont jumelées en théorie. Maintenant ce n’est plus qu’une affaire d’argent.

Par Marie-Thérèse BOCQUEL (Collaboration spéciale)

Le pont potentiel transatlantique est une initiative de Sébastien Gaillard, directeur depuis octobre 2017 de la Maison Gabrielle-Roy. C’est une vision de grande envergure et les espoirs de retombées positives pour la Maison et le Manitoba à plusieurs niveaux sont justifiés.

Frédéric Maget, directeur de La Maison de Colette, a su entendre immédiatement la proposition que lui a faite Sébastien Gaillard il y a quelques mois de rapprocher les écrivaines Colette et Gabrielle Roy, dont ils ont la mission de faire rayonner les oeuvres, dans leurs pays respectifs et à l’international.

Les volontés déterminées des directeurs des deux musées d’aboutir encore cette année à la signature du contrat de jumelage sont au diapason. Pour eux, il ne s’agit pas de concrétiser les signatures par la pose de quelque jolie plaque visible au moment de franchir le seuil des maisons mais, dit Sébastien Gaillard, « de s’engager fortement en développant chaque année un programme de partenariat et d’échanges, de fertilisation réciproque à condition que les financements soient acquis ». Frédéric Maget ajoute : « Ce partenariat doit devenir pérenne ou il n’a pas de sens ».

Au stade actuel du projet, qui a recueilli de part et d’autre tous les accords et soutiens des conseils d’administration, la déception serait grande si le nerf de la guerre faisait défaut. La réponse du Ministère de la Culture français est attendue bientôt.

Côté manitobain, Sébastien Gaillard souligne que « ce n’est pas un projet qui entre dans une programmation établie. Il faut que Patrimoine canadien et le Secrétariat aux Affaires francophones manitobain s’engagent directement aux côtés de la Maison Gabrielle-Roy pour faire aboutir la demande de subvention octroyée par le PAM (Programme d’Aide aux Musées) dans le cadre des accords Canada-France ». La Maison Gabrielle-Roy a besoin que les organismes influents du Manitoba aident, afin que des programmes d’échanges existent dès 2019. Sébastien Gaillard n’en doute pas : « Il faut que ce projet aboutisse, ce jumelage est un tapis rouge pour la Maison et au-delà pour désenclaver le Manitoba, les Prairies. Tout le monde peut bénéficier du programme que l’on pourrait faire voyager.

« On aimerait impliquer Tourisme Riel. Les résultats d’initiatives récentes, comme la dictée de Gabrielle-Roy ou le salon du livre francophone, montrent l’intérêt du public qui pourrait être élargi par la création de liens outre-Atlantique sérieux.

« À l’heure actuelle, 90 % des visiteurs de la Maison Gabrielle-Roy sont des Québécois. Nous les envoyons vers d’autres endroits de valeur historique ou artistique à Saint-Boniface et Winnipeg. Nous aimerions voir davantage les Manitobains. »

Frédéric Maget est un très fin connaisseur des écrits de Gabrielle Roy. Il aime cette auteure et souhaite soutenir sa visibilité internationale. Pour commencer il souligne : « On va tout faire pour que Gabrielle Roy s’insère dans le paysage français. » Faire connaître Colette en Amérique du Nord est aussi à son programme. Le lancement cette année par les Américains du biopic Colette est prévu en septembre. Inévitablement, entrer dans l’œuvre littéraire de cette Française émancipée et féministe avant l’heure suivra.

Gabrielle Roy était fascinée par La naissance du jour, paru en 1928, mais elle n’a jamais rencontré Colette. En rapprochant Sidonie-Gabrielle Colette (1873-1954) et Marie Rose Gabrielle Roy (1909-1983), la comparaison ne s’arrête pas au prénom, à la féminité, au féminisme. Au-delà de la qualité mondialement reconnue de leurs écrits, mots, idées, observations sociales, vie et des influences de leurs mères, elles inspirent par leur modernité. Des projets variés ouvriraient sur de nouveaux regards.

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Annette Saint-Pierre va relire Colette

Annette Saint-Pierre, la force motrice qui a permis de sauver la Maison Gabrielle-Roy, estime que « La Maison de Colette lui donnera plus de panache. Les gens de Saint-Boniface, il faut absolument les sensibiliser davantage, car ce sont encore les visiteurs de l’extérieur qui en franchissent le seuil. Sans doute parce que l’on pense toujours que Gabrielle était Québécoise ».

Annette Saint-Pierre évoque cette Maison pour laquelle elle a oeuvré dès 1994. Alors que des hommes d’affaires de Saint-Boniface s’intéressaient à l’aspect touristique de la communauté, elle a promis de se donner à 100 % si l’on choisissait de restaurer la maison natale d’une grande auteure de chez nous.

« Ce sont les femmes, même s’il y a eu quelques hommes, qui ont été les plus généreuses pour permettre l’achat de la vieille maison. Mille dollars chacune. J’avais tellement le feu sacré que j’entendais parfois un homme ou une femme dire à l’autre : « Fais attention, parce qu’elle va te demander de l’argent! » Elle même n’est pas en reste : « En 1999, j’ai abandonné les Éditions des Plaines afin de me consacrer à la restauration, sous la direction de Roger Robidoux. »

En 2003, c’est enfin l’ouverture officielle du musée. Elle évoque les débuts et l’importance d’un conseil d’administration « très fort », les visites d’Adrienne Clarkson, alors gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean, sa remplaçante, Jean Pelletier, ministre du cabinet du Premier ministre Jean Chrétien, Boutros Boutros Ghali, ancien secrétaire des Nations-Unies, et bien d’autres depuis 15 ans déjà.

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Sébastien Gaillard

L’arrivée de Sébastien Gaillard a fait évoluer les missions et visions de la Maison Gabrielle-Roy, inchangées depuis 2003. Ensemble, le CA et le directeur ont la volonté que « les lettres de noblesse soient rendues à l’auteure Gabrielle Roy ». Il est ainsi primordial d’impliquer les écoles par des partenariats avec la DSFM et les écoles d’immersion, à travers « une programmation éducative, informative et divertissante ». De plus, la Maison Gabrielle-Roy est « naturellement impliquée dans le développement touristique et culturel de Saint-Boniface. Les actions doivent aussi ouvrir sur le Manitoba, paradis naturel ».

Frédéric Maget

Frédéric Maget est directeur de La Maison de Colette et président de la Société des amis de Colette. La Maison de Colette reçoit depuis 2012 le Festival international des écrits de femmes, où Gabrielle Roy pourrait avoir sa place dans l’édition de 2020 Théâtre de femmes. Saint-Sauveur-en-Puisaye abrite également dans son château depuis 1995 Le Musée de Colette, voulu par sa fille Colette de Jouvenel.

 

 

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