Le Winnipeg Folk Festival est de retour pour sa 45édition. Parmi les artistes à l’affiche, le groupe Delgres : un trio français, alliant le blues de la Nouvelle-Orléans et la culture des Antilles. Tout ça, avec une touche d’histoire et une importante humanité. (1)

Par Morgane LEMÉE

Bien qu’ils soient des habitués du Canada, c’est la première venue du groupe Delgres à Winnipeg. Prêt à vadrouiller de festival en festival jusqu’en décembre 2018, une chose est sûre pour ce trio français : la scène, c’est leur crédo.

« C’était notre désir dès le début d’être surtout sur scène et de ne pas figer la musique. Même si nous sommes rentrés dans une nouvelle phase avec l’enregistrement de notre album, on continue d’aller à la rencontre du public. Vivre le live, c’est très important pour nous. »

La particularité du groupe Delgres réside dans leur style bien à eux : entre le blues et le jazz, ces musiciens tirent leurs influences des Caraïbes et de la Louisiane. Un mélange des cultures française, antillaise et américaine très sensé pour Pascal Danaë.

« Les Caraïbes, étant très proches géographiquement de la Louisiane, ont établi des liens très forts, il y a bien longtemps. On a tendance à oublier ça et à rattacher les Antilles à la métropole, la France, alors que, culturellement, les Antilles et la Louisiane se ressemblent beaucoup plus. »

Lorsqu’il découvre véritablement le blues, dans les années 2000, la relation entre Pascal Danaë et la musique prend un tournant. « Ça m’a vraiment touché en plein cœur. Ça a été pour moi un vecteur pour exprimer des quêtes personnelles d’identité, que j’avais en tant qu’Antillais né en France, mais n’ayant pas vécu aux Antilles. J’étais à la fois Français et en même temps pas complètement comme tout le monde. Je sentais un décalage et je me posais beaucoup de questions. »

Il choisit alors de chanter en créole, la langue de ses parents. Après l’écriture de plusieurs chansons en solo, Baptiste Brondy le rejoint à la batterie, en 2015, puis Rafgee au sousaphone. À trois, ils obtiennent un son de rue, un peu rugueux, qui fait écho à la Nouvelle-Orléans.

L’histoire forge une grande part de l’identité de leur groupe. Pascal Danaë raconte. « En France, l’image qu’on a des Antilles, c’est encore un peu La Compagnie créole. Pour ceux qui connaissent le jazz et les Caraïbes, c’est différent, mais sinon, l’image n’est pas vraiment positive. Je me suis alors penché davantage sur les grandes figures de l’histoire des Antilles. »

Une en particulier sort du lot : Louis Delgrès. « Cette figure héroïque avait résisté à l’esclavage en Guadeloupe. Quand on est enfant issu des DOM-TOM, on n’entend pas beaucoup parler de gens comme lui. Mais c’est en fait un personnage essentiel dans l’histoire nationale. »

Le nom du groupe est donc un hommage au personnage historique, ainsi que leurs chanson et album Mo Jodi (« mourir aujourd’hui » en créole).

Prévu pour le 31 août 2018, cet album reflète leurs dernières années sur scène et révèle différents sentiments, universels ou intimes : respect, histoire, fierté, réflexions, avec une touche de revendication. « Il y a comme une sorte de poing levé. Mais ce n’est pas un point levé contre les autres. C’est un point levé pour exister, surtout. »

Plaisir, spontanéité, liberté, sont des mots qui résonnent dans la bouche de Pascal Danaë pour décrire l’espace de jeu de Delgres. Ce qui l’inspire surtout, ce sont les « héros oubliés ». « Il y a Louis Delgrès, bien entendu, mais je fais aussi référence, par exemple, à une des mes sœurs, qui est pour moi une héroïne. On a tous comme ça autour de nous des héros du quotidien. Et je pense que c’est très important de garder le cap de cette humanité-là. »

 

(1) Delgres sera en concert au Winnipeg Folk Fest, le vendredi 6 juillet à 13 h, sur la scène Big Bluestem. Prix des billets et informations sur www.winnipegfolkfestival.ca

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