Par Michel LAGACÉ

Le statut du français et de l’anglais est sûrement un des grands thèmes qui fâchent l’histoire du Canada. Déjà en 1839, le comte de Durham avait trouvé dans le Bas- Canada « deux nations en guerre au sein d’un même État », tandis que le roman Two Solitudes de Hugh MacLennan, paru en 1945, reflétait les conflits culturels et linguistiques qui perduraient après la Première Guerre mondiale. Et, comme si la vie imitait l’art, la Banque du Canada, établie en 1935, émettait ses premiers billets en français pour usage au Québec et en anglais pour le reste du Canada.

Presque 35 ans plus tard, Pierre Elliott Trudeau s’est appuyé sur un rapport préliminaire de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme pour proposer une Loi sur les langues officielles proclamée en septembre 1969. Le contexte démographique et sociolinguistique du pays a connu de nombreux changements depuis ce temps. Quoiqu’une nouvelle Loi ait été proclamée en 1988, force est de constater aujourd’hui qu’une mise à jour s’impose. La Loi s’est avérée inadéquate parce qu’aucun organisme fédéral n’a la responsabilité ultime d’en assurer la mise en oeuvre. De plus, de trop nombreuses institutions fédérales n’ont pas encore assumé leurs responsabilités en ce qui regarde l’offre de services, la promotion des langues officielles et le développement des minorités linguistiques.

Dans la lettre de mandat que Justin Trudeau adresse à tous les ministres, il identifie les objectifs communs auxquels ils doivent tous collaborer, comme l’amélioration de la relation avec les peuples autochtones et avec les autres ordres de gouvernement. Il passe sous silence les langues officielles. Une autre partie de sa lettre précise les priorités qu’il établit pour chaque ministre. Seule la ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie, Mélanie Joly, a reçu le mandat spécifique de commencer à travailler au renouveau de la Loi, tandis que le mandat du président du Conseil du Trésor demeure général et imprécis. Le premier ministre perpétue ainsi la perception que les autres ministres n’ont pas à se préoccuper des langues officielles puisque leurs lettres de mandat ne mentionnent pas cette responsabilité.

Et comme pour enfoncer le clou, le premier ministre se contente de confier à la ministre Joly la responsabilité de « préparer les festivités entourant le 50e anniversaire de la Loi sur les langues officielles. » Mais pour que ces festivités aient un sens, il aurait dû sommer tous ses ministres d’assumer leurs responsabilités et demander que la mise à jour de la Loi soit entamée dans les plus brefs délais. Parce que sans une volonté politique ferme et claire de la part du premier ministre, la mise à jour de la Loi se résume d’évidence à des voeux pieux.

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