Mona Audet et l'équipe de travail social de Pluri-elles. De gauche à droite: Mikayla Ritchot; Mona Audet; Brigitte Dorge; Tanya Ibalama et Nathalie Young. Photo: Marta Guerrero

Pluri-elles offrira aux victimes d’agression sexuelle la possibilité de rapporter l’incident en français. Pour ensuite leur proposer des appuis psychologiques aussi en français.

Par Daniel BAHUAUD

Lancé le 16 avril 2018, le protocole développé par Justice Manitoba et par la Police de Winnipeg permet désormais aux victimes d’agression sexuelle de rapporter l’incident au Klinic Community Health Centre, à Sage House et au Heart Medecine Lodge à Winnipeg. Afin de pouvoir parler d’un évènement traumatisant dans un climat de confiance qui permet l’anonymat.

Or le service n’était pas offert aux francophones, sauf par l’entremise de quelques employés et bénévoles bilingues de Klinic, ou encore du service de traduction en ligne de l’ORS de Winnipeg. Un fait qu’avait soulevé La Liberté, dans le numéro du 20 juin 2018. (1)

Un manquement auquel ont remédié la Ville de Winnipeg, la Police de Winnipeg et la Gendarmerie royale du Canada.

Mona Audet, la directrice de Pluri-elles, détaille : « Dès la parution de l’article dans La Liberté, notre conseil d’administration a approuvé l’idée qu’on étudie la question d’offrir le service aux francophones. Nicole Young, la coordonnatrice des services en français de la Ville de Winnipeg, s’est également activée pour organiser une rencontre, tenue le 11 septembre, avec la Police de Winnipeg, Klinic et les services en français de la Ville. »

Résultat : la Ville s’est engagée à faire traduire les formulaires requis pour inscrire les faits rapportés par les victimes. La Police de Winnipeg et Klinic pour leur part fourniront la formation requise aux quatre employées en travail social de Pluri-elles qui auront à accueillir les victimes pour les aider à rapporter ce qu’elles ont vécu. Le personnel de Pluri-elles a décidé début octobre de relever le défi.

Au moment d’écrire ces lignes, Pluri-elles, Klinic et la Police de Winnipeg n’avaient pas précisé la date des formations, ou encore le moment du lancement du programme en français.

Mona Audet compte toutefois « avancer dès que possible ». « L’important, c’est que ça se fasse. Ensuite, on verra au financement requis. À ce point-ci, on ne sait pas quels seront les coûts associés. C’est très difficile à prédire. Mais, comme Klinic, on reçoit du financement de Services à la famille Manitoba : 318 900 $ pour nos programmes et ressources, et 231 400 $ pour le counselling. On puisera tout probablement de ces enveloppes pour défrayer les coûts en temps et en ressources humaines associés au service.

« Ce qui est très encourageant, c’est que la Ville de Winnipeg s’occupe de traduire les formulaires et les documents associés au service. Klinic et la Police de Winnipeg nous forment. On n’a pas besoin d’assumer les frais. On pourra aussi collaborer avec la GRC en région. Et donc étendre le service à l’extérieur de Winnipeg.

« Notre équipe de travail social est polyvalente. Les employées font déjà du counselling et ont été formées en écoute active. Elles font déjà de la médiation familiale, adressent des cas de violence conjugale et font tout genre de travail social. Ce sont des expertes qui peuvent assurer le climat de confiance requis pour mettre les victimes d’agression sexuelle à l’aise. »

(1) Voir l’article Les francophones encore une fois ignorés dans La Liberté du 20 au 26 juin.


Déclarations à une tierce partie : raisons d’être

Rosemarie Gjerek est directrice du counselling et des soins de la santé communautaire au Klinic Community Health Centre à Winnipeg.

L’experte, qui a 29 ans de service à Klinic à son actif, explique pourquoi a été crée le protocole de déclaration d’une agression sexuelle à une tierce partie. Et qui peut faire appel au service.

« Le protocole permet à une victime de transmettre des renseignements sur l’agression qu’elle a vécue à la police, mais de manière anonyme, et sans avoir à déposer un rapport formel. La victime a l’avantage de pouvoir parler de l’incident avec des gens formés en counselling qui peuvent non seulement noter les faits, mais faire de l’écoute active et offrir d’autres appuis psychologiques.

« La police en sort gagnante aussi, parce qu’elle reçoit nos rapports, sans le nom ou les coordonnées de la victime. Elle peut ainsi examiner les faits de l’incident, et les comparer à d’autres rapports d’agression sexuelle. Ce qui peut les aider potentiellement à repérer des agresseurs en série. »

Toute personne ayant 16 ans et plus peut se prévaloir du service. Les moins de 16 ans doivent rapporter une agression sexuelle à la police, qui est dans l’obligation légale d’entamer une enquête formelle.

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