Bernard Mulaire, assis sur une colonne de Buren à Paris. La photo a servi de point de départ de la couverture de son livre. Photo: Gracieuseté Bernard Mulaire

Bernard Mulaire, natif de Saint-Pierre-Jolys, est un des derniers diplômés du Collège de Saint-Boniface du temps des jésuites. Il prolonge son cours classique par des études en arts plastiques et les complètent juste à temps pour mettre sur pied la galerie d’art du tout nouveau Centre culturel francomanitobain (1974-1976). Puis il prend le large. Le voilà une nouvelle fois de retour par le biais d’un livre publié aux Éditions du Blé.

Propos recuellis par Bernard BOCQUEL

Après Caricatures en 2016, voilà le roman de votre vie, ou plus exactement une succession de scènes disparates dont le fil conducteur semble être votre humeur du moment…

Bernard Mulaire: Flâneries et souvenances est un « écrit » qui prend la forme d’un journal intime dont les entrées ont répondu à l’humeur du souvenir. Le souvenir ne se contrôle pas. Je préfère parler de « l’humeur du moment du souvenir ».

En dessinateur fervent du juste mot, pourriez-vous esquisser la genèse de votre opus?

B. M. : J’ai écrit les textes qui constituent mon livre entre 2003 et 2017. Quelques-uns ont été publiés, mais tous ont répondu d’abord à l’impératif de mon seul plaisir qui était celui de l’écriture. Le projet d’en faire un livre ne s’est présenté qu’en 2017, quand la plupart des textes étaient déjà faits.

Puisque la vie est un chemin, que représente la publication de Flâneries et souvenances dans votre parcours?

B. M. : Ce livre est pour moi l’aboutissement de ma vie. C’est la chose la plus importante que j’ai faite. J’ai 73 ans. Je me réjouis de ne pas être mort avant (humour)!

Pourquoi devrions-nous faire un bout de chemin avec vous? Sûrement pour faire quelques découvertes, puisque vous réclamez, entre autres, le droit à l’impertinence et l’impudicité…

B. M. : Personne n’est obligé de faire un bout de chemin avec moi, mais si quelqu’un(e) choisit de le faire, j’espère que cela l’incitera aussi à faire un bout de chemin avec lui ou elle-même. Nous éprouvons tous les mêmes émotions sur Terre. Désir, amour, félicité, déception, étonnement sont communs à tous. Seul le décor change. Ce qui m’importe n’est pas de raconter les anecdotes de ma vie, mais de circonscrire les émotions que j’ai éprouvées, et toute la gamme des émotions, des plus graves aux plus légères. Je vise l’intériorité. À chacun(e) de faire son propre chemin. J’aimerais qu’on me dise : Je n’ai pas vécu ta vie, mais j’ai vécu les mêmes émotions.

À quoi correspond votre envie de vous raconter aux autres? Besoin de vérité? Nostalgie du pays natal? Satisfaction de laisser des traces écrites?

B. M. : Je me suis raconté pour le plaisir que l’écriture me procure. C’est d’ailleurs l’écriture qui me motive. Vérité? Je n’y prétends pas. J’invoquerais plutôt un sentiment d’honnêteté par rapport à moi-même. La nostalgie? Je ne connais pas. Là où je suis, je suis. Je ne veux aucunement revivre mon passé, mais je ne l’oublie pas. Laisser des traces? Sûrement. Pourquoi souhaiter l’anéantissement, surtout quand on n’a pas de progéniture?

La peinture permet de faire advenir un portrait par couches. Votre identité doit aussi être à couches multiples…

B. M. : Nous sommes tous « à couches multiples ». Je ne connais personne qui se résume à sa seule image publique. Dès qu’on creuse, qu’on fouille audelà de la façade, la personne prend vie et devient intéressante.

Un auteur qui propose de lui un portrait composé de fragments impressionnistes peut-il se résumer en une réponse bien sentie?

B. M. : Comme je n’ai pensé publier ce livre qu’à la toute fin du processus d’écriture, sans m’imposer de censure parce que cette limite ne me concernait pas, j’espère qu’on y décèlera un témoignage « bien senti ». Ce livre est mon clone.

La couverture de votre clone est intrigante, il faut le reconnaître…

B. M. : J’adore la couverture! Je visitais des amis à Paris en 2003, l’année de mes premiers textes. Un après-midi, l’un d’eux m’amena flâner au Palais Royal. Cet édifice patrimonial entoure une cour dans laquelle l’artiste français Daniel Buren a créé une installation comportant des centaines de colonnes de diverses hauteurs. Mon ami me dit : Va t’asseoir sur la colonne et je prendrai ta photo. M’étant assis lui faisant face, il me dit : Non, tourne-toi de côté.

Quinze ans plus tard, cette photo résume parfaitement le contenu de mon livre : exotisme du dépaysement, mélange de l’ancien et du nouveau, regard tourné vers le passé, immobilisme (le côté flânerie et réflexion), pieds ne touchant pas au sol. Toutes ces dimensions me donnent l’air d’être présent, mais ailleurs. Le graphiste de Saint- Boniface, Éric Ouimet, en a fait une superbe couverture. Je l’en remercie.

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