Justin Trudeau.

Par Michel LAGACÉ

L’année 2018 au Canada aura été marquée par un regain de vitalité d’une droite populiste qui travaille au recul du fait français au pays. Les élites gouvernementales d’autrefois, convaincues de la supériorité de l’anglais et du protestantisme, favorisaient l’homogénéisation culturelle et linguistique de la population. Aujourd’hui, le discours populiste évoque l’austérité budgétaire pour remettre en cause la légitimité des minorités francophones du pays. Les gouvernements de l’Ontario et du Manitoba en ont fourni des exemples probants cette année.

La Loi sur les langues officielles de 1969 a été le fruit de la volonté politique de Pierre Elliott Trudeau et de son gouvernement élus dans la foulée du centenaire de la fédération. La vision du Canada dont Trudeau père s’est fait le champion a lentement transformé les esprits pour faire reconnaître la légitimité du français au pays.

Cinquante ans plus tard, Trudeau fils fait preuve d’une nonchalance inadmissible : la mise à jour de cette même Loi languit depuis plus de trois ans et il s’est contenté de charger Mélanie Joly, la ministre qu’il a rétrogradée, de “commencer un examen dans le but de moderniser la Loi”. Il lui a même inventé un ministère sur mesure qui combine tourisme et langues officielles, comme si son intention était d’inviter les touristes du monde entier à venir visiter nos baleines et nos minorités linguistiques.

Et pire encore, il vient de mettre fin à la tradition de nommer un sénateur acadien de la Nouvelle-Écosse, tradition qui remonte à 1907, oubliant que le Sénat doit permettre aux régions canadiennes de s’exprimer et de faire valoir leurs droits.

Au lendemain des décisions du gouvernement de Doug Ford en Ontario, Justin Trudeau s’est dit “profondément déçu”. Mélanie Joly, elle, a fait de la petite politique, associant le chef du parti conservateur du Canada, Andrew Scheer, aux conservateurs de Doug Ford. En même temps, Scheer refuse de critiquer son homologue ontarien de qui il dépend pour gagner les élections fédérales de 2019. À l’échelle du pays, une génération conscientisée dans les écoles françaises et baignée dans l’esprit de la Charte des droits et libertés cherche des gestes concrets. On trahit ses attentes en lui offrant de la politicaillerie à courte vue.

Justin Trudeau et son gouvernement manquent à leur devoir d’état, celui de proposer une vision renouvelée et redynamisée d’un Canada où deux langues officielles sont légitimes et essentielles à toute conception du pays. Ils doivent contrecarrer les gouvernements qui mettent la francophonie canadienne sur la défensive. Sinon, chaque nouveau venu populiste sera libre de la piétiner. Depuis trois ans, Justin Trudeau envoie de très mauvais signaux sur une des composantes fondamentales de la société canadienne, comme si le Canada n’était qu’un souvenir folklorique sans valeur particulière.

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