Je suis manitobaine, née à Notre-Dame-de-Lourdes, cinquième d’une famille de neuf enfants. J’ai grandi sur une ferme entourée de plusieurs animaux domestiques. Après mes études secondaires, je me suis consacrée à l’enseignement dans des écoles du Manitoba jusqu’à ma retraite.

Par Yvette Jamault

Voici l’histoire d’une femme déterminée, entreprenante, travaillante, résiliente, ingénieuse, vive, chef de file, compatissante, joyeuse : Marie-Thérèse Nicolas, née en 1875 au Fromental, dans la commune d’Yssingeaux en France. Marie-Thérèse était la sixième d’une famille de neuf enfants. Elle a émigré à Notre-Dame-de-Lourdes, province du Manitoba au Canada, en 1893.

À cette époque, la vie était difficile. La famille ne pouvait se permettre que le strict nécessaire. Ingénieuse, Marie-Thérèse avait appris la dentelle aux fuseaux. À huit ans elle vendait sa dentelle au marché afin d’acheter du tissu pour confectionner ses propres habits.

À 12 ans elle avait déjà perdu deux sœurs, son père décédé en 1881, un grand frère et sa mère, décédée subitement à 44 ans en 1886. Après la mort de sa mère, étant alors la plus âgée dans la maison, Marie-Thérèse dût consoler ses deux jeunes frères. Cachant sa propre peine, elle leur déclara :

– Vous savez où on a mis Maman? Et bien elle ne reviendra plus ici avec nous. Ne pleurez plus.

Quelle maîtrise d’elle-même dans une situation aussi tragique!

Peu de temps après ce triste évènement, Marie-Thérèse et son plus jeune frère, Pierre, allèrent vivre chez leur oncle Antoine, au Pertuis. Quelques temps plus tard, Marie-Thérèse, le cœur plein de joie, se mit en route pour aider sa sœur Marie qui avait quatre enfants.

Mais ce fut de courte durée. Eulalie, sœur aînée de Marie-Thérèse, tomba gravement malade. Son époux, Benoît Gidon, demanda à Marie-Thérèse de venir la soigner. Malgré les bons soins qu’elle lui prodigua, Eulalie est décédée en octobre 1888.

Benoît Gidon, beau-frère et tuteur de Marie-Thérèse, désirait l’épouser. Marie-Thérèse voyait d’un mauvais œil les avances de son beau-frère. Elle ne voulait carrément pas épouser cet homme et retourna chez sa sœur Marie et son époux, Jean-Étienne Durand, qui songeaient à émigrer au Canada avec leurs enfants.

Marie-Thérèse voulait aussi partir au Canada puisqu’elle était très attachée à sa sœur et à ses enfants, et pour échapper à son tuteur. Mais la loi entravait son projet. Marie-Thérèse qui n’avait alors que 16 ans ne pouvait quitter la France sans l’assentiment de son tuteur.

Après mures réflexions, les deux sœurs demandèrent au curé d’Yssingeaux de donner à Marie-Thérèse le certificat de naissance de sa sœur Félicie, décédée d’une morsure de vipère vers l’âge de deux ans et qui aurait alors eu 18 ans. Ce bon prêtre acquiesça et remis en secret ledit certificat de naissance à la famille avec cette recommandation : Marie-Thérèse devait prendre le nom de sa sœur Félicie. C’est ainsi que Marie-Thérèse devint Félicie.

Le 2 avril 1893, en pleine nuit afin de ne pas alerter qui que ce soit, la famille partit en charrette prendre le train à Rétournac pour Paris. Félicie a toujours regretté de n’avoir pu dire au revoir à ses deux jeunes frères, Louis et Pierre. Ensuite ils prirent le traversier à Anvers jusqu’à New Haven, en Angleterre, pour ensuite prendre le train vers Liverpool. Là ils embarquèrent sur le paquebot « Oregon » à destination d’Halifax.

La traversée de l’Atlantique dura 14 jours. Félicie se cachait quand elle voyait venir un officier chargé de faire l’inspection. Elle craignait de se faire questionner au sujet de sa nouvelle identité.

Tous les passagers débarquèrent à Halifax. La famille prit le train du Canadien National jusqu’à Winnipeg. Après un séjour à la maison des immigrants, on reprit le train jusqu’à Rathwell, village voisin de leur destination, Notre-Dame-de-Lourdes.

Félicie passa les trois premières années avec la famille de sa sœur Marie, l’aidant dans toutes sortes de tâches. Elle qui, dès son enfance, avait vécu les décès de tant de personnes chères, s’évertuait à communiquer sa joie de vivre à son entourage par le service. Ce qui la soutenait était sa grande confiance envers le Sacré-Cœur-de-Jésus, qu’elle priait avec ferveur.

Et l’histoire de Félicie se poursuivit au Canada. Elle est décédée le 27 juin 1964 à l’âge de 91 ans et 11 mois.

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