Par Michel LAGACÉ

D’ici les élections fédérales le 21 octobre, les Canadiennes et les Canadiens peuvent s’attendre à une avalanche de reportages sur des sondages politiques. Un sondage publié la semaine passée sert d’avertissement sur les interprétations qu’en font les commentateurs de tout genre.

À partir d’un sondage de 4 024 répondants, l’Institut Angus Reid a annoncé que le Canada est une fédération “fracturée”. C’est du moins l’interprétation des sondeurs. Un sentiment d’aliénation caractériserait la population à l’ouest de l’Ontario en partie parce que le Québec recevrait de la fédération plus qu’il n’y contribue. Toujours à l’Ouest, l’Alberta, la Saskatchewan et le Manitoba ont des sentiments positifs les uns envers les autres mais leur ardeur envers la Colombie-Britannique est beaucoup plus faible.

Des commentateurs se sont empressés de tirer leurs conclusions. Au Québec, des manchettes annonçaient que le Québec était “mal aimé” (Le Devoir) et “isolé” (Le Journal de Québec), et qu’il y avait une ‘fracture profonde’ entre l’Ouest et le Québec (Radio-Canada). Dans les médias de l’Ouest canadien, on a conclu à une recrudescence de la “Western alienation” (CTV News), et on a souligné un clivage important entre la Colombie- Britannique et les trois provinces des prairies (Global News).

Là où le bât blesse, c’est que la plupart des commentateurs ont négligé de dire que les répondants n’avaient pas été choisis aléatoirement au sein de la population. Ce sont plutôt des personnes qui se sont inscrites d’elles-mêmes auprès de la maison de sondage pour répondre à des questions en échange de compensation monétaire ou d’éligibilité à des tirages pour des prix. Nul ne sait dans quelle mesure ces “bénévoles” sont représentatifs de l’ensemble de la population. Pire encore, le sondeur ne fournit aucune perspective historique sur ses données, puisqu’il ne compare pas la situation actuelle aux nombreuses périodes de tensions interprovinciales du passé.

Il n’y a pourtant rien de surprenant dans les résultats du sondage. Quand le premier ministre du Québec a annoncé qu’il n’y avait pas d’acceptation sociale pour le transport d’énergie “sale” sur le territoire québécois, les Albertains se sont sentis lésés. Et quand les Albertains voient leurs voisins britannico-colombiens bloquer un oléoduc qui leur permettrait d’exporter leur pétrole vers l’Asie, leur ressentiment est tout à fait prévisible.

Le Canada, loin d’être construit sur les cotes d’amour entre provinces ou régions, est le résultat de compromis historiques qui ont permis au pays de surmonter préjugés, jalousies et aspirations contradictoires. Les commentateurs qui interprètent les données sur l’humeur du moment du public en disent souvent davantage sur eux-mêmes et leurs positions idéologiques que sur les répondants qui ont exprimé leur opinion. Plus que jamais, avis à ceux qui voudraient prendre les sondages politiques pour de l’argent comptant.

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