La 50e édition du Festival du Voyageur est l’occasion toute désignée pour rendre hommage aux fondateurs et aux bénévoles sans nombre qui ont fait de cette grande fête hivernale un succès retentissant. Elle servira sûrement d’occasion de rappeler le travail et l’énergie remarquables d’Anita et de Georges Forest et de leurs nombreux collaborateurs et successeurs (1).

Mais à quoi tient la pérennité de cette manifestation annuelle? Le fait qu’elle soit ancrée dans notre patrimoine y est sans doute pour beaucoup. Loin d’être une tentative d’imiter une fête populaire chez nos voisins du sud ou d’ailleurs au pays, elle puise son inspiration dans l’histoire du Canada français. Et loin d’en faire tout simplement un grand party en plein milieu d’un rude hiver, les responsables ont tenu à y donner un sens beaucoup plus riche. Ainsi le Festival évoque non seulement la figure emblématique du voyageur, mais aussi les Métis et les Premières Nations qui ont façonné l’histoire de l’Ouest canadien. Le voyageur lui-même rappelle l’arrivée des Canadiens français qui ont participé à la traite de fourrures, ce commerce improbable établi pour répondre à la demande européenne de chapeaux de feutre.

Le Festival du Voyageur a eu des retombées humaines qui ne se comptabilisent pas. Il a réussi comme nulle autre activité bonifacienne à attirer et faire participer le grand public du Manitoba et d’un peu partout au Canada et aux États-Unis. Plus remarquable encore, puisque le Festival coïncide à chaque année avec la journée Louis Riel, il n’est plus question de cacher ou de chuchoter le nom de Louis Riel, lui qui a été le défenseur des droits de tous. Au cours des derniers cinquante ans, la population a pu prendre connaissance du rôle de ce personnage unique et du peuple métis dans l’histoire de ce territoire. Car ce sont les Métis qui ont fait le lien entre les nouveaux arrivants et les peuples autochtones qui avaient habité ces régions depuis des millénaires. Et ils ont rallié la population de la Colonie de la Rivière-Rouge pour assurer la création du Manitoba en 1870.

Grâce en partie au Festival du Voyageur et à la journée Louis Riel, être métis n’est plus du tout vu comme une tache honteuse, mais comme une fierté. À la veille du 150e anniversaire de cette province, le Festival du Voyageur sert plus que jamais à rappeler et à faire vivre le legs remarquable dont nous sommes tous les bénéficiaires. Son rayonnement dépasse de loin les spectacles et les festivités car, au coeur de sa raison d’être, il fait valoir les profondes racines autochtones, métisses et canadiennesfrançaises du Manitoba.

(1) Comme le démontre Lucienne Beaudry Loiselle dans son livre Le Festival du Voyageur HÉ HO!

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