Barack Obama et Michael Burns, le 4 mars 2019 à Winnipeg. (Photo : Dwayne Larson)

Trois parmi plus de 13 000 personnes, Morgane Lemée, Manella Vila Nova et Mariam Ba Sow étaient présentes à la Conversation avec Barack Obama qui a eu lieu ce lundi 4 mars à la Place Bell MTS. Elles nous donnent chacune leur ressenti sur cet événement particulier à Winnipeg.

« Un mélange de Beyoncé, Gandhi et du Père Noël »

Par Morgane LEMÉE

Difficile de croire que nous étions si proches de Barack Obama hier soir, toutes ouïes, à écouter son parcours de vie ponctué de blagues toutes aussi drôles les unes que les autres. Je pense que l’on a vécu l’expérience d’une vie. Je revois encore son entrée, devant la foule en délire. Un moment très fort. Le bonheur dans la salle était palpable.

Personnellement, mon infinie obsession du chiffre 4 était comblée. Rencontre du 44ème président des États-Unis, élu un 4 novembre, rencontré à Winnipeg un 4 mars. (Oui, j’étais au siège 4, bien sûr).

Ce n’est pas tous les jours que l’on peut voir le célèbre Barack Obama « en vrai ». Je ne sais pas vous, mais parfois, j’ai du mal à faire une réelle distinction entre fiction et réalité à la vue de quelqu’un qu’on a tant l’habitude de voir sur écran. C’est un sentiment étrange. On observe avec des yeux ronds comme des billes, on écoute presque religieusement, avec fascination, mais se rend-on bien compte de ce qui est en train de se passer? Le moment était tout de même très fort.

Barack Obama pour moi, c’est un mélange de Beyoncé, Gandhi et le Père Noël. Avec l’aspect politique en plus, évidemment. Et l’humour, toujours l’humour. Même quand il a (très gentiment) insulté les Canadiens, le public était tordu de rire. Incroyable.

En fait, je l’ai trouvé fidèle à ses apparitions publiques, ses discours : drôle, sympathique, humble, inspirant, humain. Très humain. C’est ce que j’ai trouvé particulièrement inspirant dans cette conversation, son approche toujours humaine des choses. Comme il le dit si bien : Be kind. Be useful. Le respect, l’égalité, l’amour de l’autre, l’humilité sont des principes fondamentaux. Pourquoi est-il si rare de voir autant de sympathie et d’humanité chez les politiciens?

Après cette soirée un peu lunaire, un sentiment profond est bien confirmé : je pense sérieusement que s’il y avait plus de Barack et de Michelle sur la planète, le monde s’en porterait mieux.

« Nous ne pouvons pas revenir en arrière, parce que l’histoire ne fait qu’avancer »

Par Manella VILA NOVA

Alors que j’attendais l’entrée en scène de l’Homme du jour, mon esprit m’a transportée au 4 novembre 2008, lors de mon échange scolaire aux États-Unis. Dans la famille d’accueil africaine-américaine de Memphis, la mère, la grand-mère et la fille, une adolescente de mon âge, avaient les yeux rivés sur la télévision. Elles attendaient le résultat d’une élection historique. Lorsque les chiffres sont sortis, la mère et la grand-mère se sont sautées dans les bras, et les larmes de bonheur coulaient sur leurs joues.

À l’école le lendemain, je me souviens encore de l’ambiance mitigée qui a suivi l’élection de Barack Obama comme 44e président des États-Unis d’Amérique. D’un côté, l’espoir, une lumière au bout du tunnel des inégalités et des vestiges de l’histoire. De l’autre, la rancœur, sur fond de racisme pour certains.

Les huit années de présidence de Barack Obama n’ont pas été parfaites. Cependant, on ne peut lui enlever son charisme, sa présence, et son éloquence. Au Bell MTS Place, son entrain, sa bonne humeur et son humour ont su gagner le public. Pendant une heure, il nous a offert une rétrospective de ses années à la tête de l’un des pays les plus puissants du monde et sa vision du monde et du futur.

De cette visite extraordinaire à Winnipeg, je retiendrais l’optimisme du Président Obama envers la jeunesse. Il semble persuadé que les jeunes sont la solution aux crises qui bousculent la planète. Et quand on l’entend nous expliquer qu’ils changeront le monde, on arrive à se laisser convaincre qu’il a raison d’y croire.

Comme il l’a si bien expliqué, « nous n’avons jamais vécu à une époque aussi inclusive, avec autant de personnes éduquées et autant de tolérance. Si chacun met l’épaule à la roue, nous progresserons. Nous ne pouvons pas revenir en arrière, parce que l’histoire ne fait qu’avancer. »

« Tout le monde semblait ne pas vouloir en perdre une miette »

Par Mariam BA SOW

Le centre de Winnipeg était en ébullition hier soir. Difficile de ne pas constater que quelque chose de spécial se déroulait. La circulation était plus dense qu’à l’habitude, les gérants des stationnements se frottaient les mains, et une foule compacte se pressait vers la Place Bell MTS.

Les Jets n’étaient pourtant pas à l’honneur, ni même une star de la chanson ; mais un homme politique, et pas des moindres. Jouant des coudes pour se faire une place parmi les spectateurs présents, j’ai pu voir des sourires sur chaque lèvre et deviner l’impatience dans chaque oeil.

Quel homme politique arrive à émouvoir encore après avoir quitté ses fonctions des années auparavant? La réponse est soufflée par la jeune femme devant moi : « Je n’arrive pas à croire que Barack Obama soit à Winnipeg! »

La salle était comble. Plus de 13 000 personnes de toutes les générations se sont rassemblées et attendaient l’arrivée de l’ancien président des États-Unis. Quand celui-ci fut annoncé, la foule s’est levée et l’a accueilli dans un tonnerre d’applaudissements.

On se serait cru dans un late show, animé par Michael Burns. Confortablement installés dans des fauteuils blancs, séparés par un bouquet de fleur et une théière, on avait l’impression d’être en leur compagnie dans un salon. Gobelet de café à la main, Barack Obama a enchainé avec humilité et beaucoup d’humour les anecdotes sur sa vie d’étudiant à Chicago, de leader de la première puissance mondiale et d’ancien président. Les spectateurs ont rit de bon cœur durant cette heure, et n’étaient pas avares en applaudissements.

Barack Obama a soigneusement évité les sujets qui fâchent. Il a confié sa vision du monde actuel et donné ses conseils pour l’avenir. L’audience, alors silencieuse, écoutait religieusement ses recommandations. Très peu de flashs crépitaient ; tout le monde semblait ne pas vouloir en perdre une miette.

Le mot qui est revenu le plus souvent dans la bouche de l’ancien président était « Hope » ; qui n’est pas sans rappeler la célèbre toile de Shepard Fairy (plus connu sous le pseudonyme Obey) à son effigie, popularisé durant sa première compagne présidentielle. Barack Obama a reconnu qu’il n’était pas parfait, mais qu’il a su s’entourer de personnes ayant des origines différentes de la sienne, de femmes, et de personnes « plus intelligentes que lui » pour l’aider dans sa lourde tâche.

Le héros de la soirée nous rappelle de ne pas avoir honte de dire quand on ne comprend pas quelque chose, et de faire confiance à la jeunesse. Plus éduquée, plus inclusive, se sentant plus concernée par les problèmes du monde, ces jeunes auront les solutions et ne demandent qu’à ce qu’on leur fasse confiance et qu’on leur laisse un peu de place.

La discussion s’est terminée par une ovation debout, avant que chacun se presse dans les couloirs de la salle de spectacle pour partager ses impressions. Des personnalités publiques de Winnipeg comme Markus Chambers et de nombreux inconnus se sont se croisés avec un détail en commun : une étincelle brillait dans leur regard.

Barack Obama semblait avoir ravivé l’espoir dans l’esprit des Winnipégois, et chacun pouvait à présent se dire qu’ils venaient de partager un moment rare et exceptionnel dans une vie.

Barack Obama, le 4 mars 2019 à Winnipeg. (Photo : Dwayne Larson)

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