L’équipe du REFC au Salon du livre de l’Outaouais. (Photo : gracieuseté Véronique Sylvain)

Pour la première fois depuis 1994, un salon du livre francophone se tiendra à Vancouver en avril prochain. L’initiative témoigne du succès grandissant de la formule depuis des décennies dans les communautés de langue française. À l’ère du numérique, le livre joue la carte de la proximité et dispose encore de beaux jours devant lui. 

Lucas Pilleri (Francopresse)

L’évènement britanno-colombien sera organisé par une auteure locale, Lyne Gareau, conquise par le salon de Sudbury : « C’était extraordinaire, c’était l’une de mes plus belles expériences francophones », témoigne celle qui a publié La Librairie des Insomniaques en 2017.

Aussitôt annoncé, l’évènement a attiré une quinzaine de romanciers, conteurs, poètes, dramaturges, animateurs et éditeurs. Si la plupart proviennent de la Colombie-Britannique, une belle place est accordée à leurs pairs du Nouveau-Brunswick, de la Saskatchewan, du Québec, mais aussi de la France, de l’Égypte, de l’ile Maurice, du Cameroun et de l’Algérie. « Ça va permettre à toutes sortes de gens qui ne se connaissent pas d’entrer en contact », perçoit Lyne Gareau, surprise par l’engouement suscité.

Plus indispensables que jamais

L’idée a été chuchotée par Frédéric Brisson, directeur général du Regroupement des éditeurs franco-canadiens (REFC). Alors que les librairies en français se font de plus en plus rares, il est évident pour lui que les salons ont toute leur place : « Le rôle des salons devient encore plus précieux, avance-t-il. Créer un évènement permet de rejoindre les lecteurs, de mieux les connaitre. Et il y a des retombées ultérieures : être en contact avec le milieu francophone, nouer des liens et les faire fructifier entre partenaires. » En tant qu’écrivaine en milieu minoritaire, l’organisatrice Lyne Gareau ne pouvait qu’être d’accord : « On est très isolés. Avoir la chance de se faire connaitre et de se retrouver est important. »

De l’autre côté du pays, au Nouveau-Brunswick, le Salon du livre de Dieppe connait un succès répété depuis 28 ans. Avec plus de 50 exposants et une centaine d’auteurs, l’évènement attire une foule de 13 000 visiteurs chaque année. « La tenue d’un salon du livre est essentielle comme moyen de diffusion de la littérature francophone et de la promotion de la langue et de la culture francophones et acadiennes en milieu minoritaire », soutient Alain Roberge, président du salon.

Une formule gagnante?

Pour attirer les visiteurs, certaines recettes fonctionnent mieux que d’autres. Geneviève LeBlanc, directrice générale du Salon du livre du Grand Sudbury, le sait bien : « Ce qui fonctionne le mieux, c’est l’évènementiel », rapporte-t-elle. Foires, tables rondes, conférences, causeries avec les auteurs, spectacles littéraires, tournées scolaires… Le salon de Sudbury prévoit à chaque édition une quarantaine d’activités au total, afin que « le public puisse avoir un contact privilégié avec les auteurs ».

Même stratégie en Atlantique où plus de 3500 élèves des écoles francophones sont intégrés au Salon de Dieppe, avec des animations dans les garderies, les bibliothèques et les écoles. « Quant à notre clientèle plus âgée, relate Alain Roberge, le moyen le plus efficace de les attirer est d’assurer la présence d’auteurs de marque et de thématiques intéressantes. »

La chaleur du livre

À l’heure où liseuses et tablettes s’installent à nos chevets, les salons ont-ils toujours la cote? « Le numérique n’est pas encore si populaire que ça, répond Geneviève LeBlanc. Quand le public est devant l’auteur, il s’intéresse davantage à l’ouvrage. » La chaleur, voilà le gros atout des salons : « Les gens aiment beaucoup feuilleter, plaide Frédéric Brisson. Le numérique est formidable, mais n’est pas une solution universelle. Le livre, c’est très humain. »

La sensation du papier sous les doigts, la présence de l’auteur et la panoplie d’activités procurent une expérience tout autre pour le lecteur. Malgré tout, il faut s’adapter à son époque. Aussi, parmi ses activités, le salon de Vancouver comptera du speed booking, une formule bien actuelle où un auteur engage un dialogue avec un groupe restreint de visiteurs pendant 8 minutes. « C’est une activité dynamique. À l’heure du numérique où tout va vite, c’est un moment d’échange où les gens ne s’ennuient pas. Avant, dans les salons, les auteurs étaient assis derrière une pile de livres… », observe Lyne Gareau.

Avec 150 titres publiés chaque année par les éditeurs franco-canadiens et un intérêt maintenu de la part du public, l’avenir du Salon du livre reste prometteur. « Il y a de la place pour de nouvelles initiatives, estime Frédéric Brisson. Paradoxalement à cette époque du numérique, le rôle des salons est appelé à croitre en milieu minoritaire. »

Quelques salons à ne pas manquer cette année

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