Par Michel LAGACÉ

Il est si rare de voir un film sur le Manitoba français que le visionnement de “Sous la coupole” était attendu avec grand intérêt (1). Avec Danielle Sturk à la réalisation et à la scénarisation, tous les espoirs étaient permis. Le film s’appuie tout au long de sa trame narrative sur une pièce, Projet 200, réalisée l’an dernier par les Chiens de soleil, la troupe de théâtre des étudiants de l’USB. La pièce mettait en scène un texte original de Marie-Ève Fontaine qui présentait un regard à la fois loufoque et sympathique sur l’évolution du Manitoba français.

Le film, par ailleurs, essaie d’aller plus loin que le propos de la pièce. Et c’est là qu’il dérape. D’abord il ressuscite le cliché que les origines de l’USB remontent à l’arrivée de l’abbé Provencher en juillet, 1818, lui qui a passé son premier hiver à Pembina et qui est rentré au Québec pour deux ans en 1820. On mentionne au passage 140 ans d’enseignement par les jésuites, alors que leur présence réelle s’étend de 1885 à la fin des années 1960. Puis le film se lance à la recherche de controverses réelles ou imaginaires. Il s’applique à dénoncer le temps qu’il a fallu pour établir des services de garde à l’USB, mais n’explique pas les raisons du retard, se contentant d’insinuer qu’il y aurait eu un manque de sensibilité ou un certain machisme de la part du Bureau des gouverneurs.

Reflétant les préoccupations de quelques personnes, tout un segment du film dénonce le fait que l’USB ne se soit pas excusé pour “le rôle que notre institution a joué dans les pensionnats autochtones”. Quel est ce rôle? La question n’est pas posée et encore moins répondue. Pourtant le personnel du Collège n’a jamais géré d’école résidentielle. Il a commencé à offrir un programme de certification en éducation seulement au début des années 1970 pour répondre aux besoins d’enseignants dans les programmes de français et d’immersion qui commençaient à se développer au Manitoba.

Quelques intervenants déplorent l’absence d’équité entre hommes et femmes à l’Université. Dommage qu’ils l’aient seulement fait sur la base de trois noms d’espaces nommés en hommage à trois hommes. Il aurait été autrement plus judicieux de s’interroger sur le nombre de postes que les femmes occupent dans la haute direction en 2019, spécialement dans le secteur universitaire. C’est là que l’argument de l’inégalité aurait été pertinent.

Sous la coupole aurait pu raconter l’histoire de l’Université et du Collège qui l’a précédée. Ou tracer l’évolution de l’enseignement en français au Manitoba. Ou encore tenter d’expliquer ce qui fait que l’institution existe toujours et demeure la clé de voûte à l’éducation française au Manitoba. Le film aurait pu jeter un regard sérieux sur le passé et les perspectives d’avenir du français au Manitoba. En se limitant à un traitement caricatural de son sujet, il a raté une rare occasion.

(1) Voir https://ici.radio-canada.ca/communication/111/souslacoupole

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