Karine Ferguson habite en appartement à Osborne. Elle a planté des graines de tomates, des courgettes, des brocolis et quelques fines herbes. « Elles sont en train de germer et devraient être bonnes pour fin mai, début juin. ». Photo: Marta Guerrero.

Diplômée en agroécologie de l’Université du Manitoba, Karine Ferguson envisage de reprendre des études en éducation. Car pour elle, la conscientisation à l’environnement passe par l’éducation.

Par Marie BERCKVENS

La petite graine a été plantée très tôt chez Karine Ferguson. Dès l’âge de six ans, elle avait pour habitude de s’occuper avec sa maman du jardin de leur maison à Saint-Vital. Tomates, oignons, concombres, piments. C’était comme une chasse aux trésors. « Avoir un jardin toute petite, je pense que c’est quelque chose qui m’a lancée, qui m’a fait prendre conscience des bienfaits de s’occuper de la terre. Pour moi, c’est vraiment une activité qui me calme et qui pourrait avoir le même effet chez les enfants. D’ailleurs, les fins de semaine, je continue d’aller chez mes parents, pour m’occuper de leur jardin.»

Ce n’est sans doute pas un hasard si plus tard, Karine Ferguson, 24 ans aujourd’hui, est diplômée d’agroécologie de l’Université du Manitoba. Durant ses études qui se sont achevées en 2018, elle a eu plusieurs emplois étudiants pour voir les deux côtés de la médaille.

« J’ai travaillé en biologie dans la recherche, à l’Université du Manitoba. Le professeur avec qui je travaillais s’intéressait beaucoup aux engrais verts. Utiliser des plantes comme la luzerne, le trèfle, avoir des cultures mélangées, voir comment ça affecte la fertilité du sol à l’avenir. Ces plantes peuvent aider à contrôler les mauvaises herbes pour éviter d’utiliser les produits chimiques ou des herbicides.

« Ensuite, j’ai eu envie de travailler pour une compagnie privée à Elm Creek, pour voir l’autre côté, le côté plus industriel. L’été dernier, j’étais donc technicienne de recherche, dans des champs avec toutes sortes de cultures différentes : quinoa, avoine, blé, canola ou pois. Les plus grosses compagnies venaient nous voir avec de nouvelles variétés de plantes ou des nouveaux produits à tester, comme des nouveaux pesticides ou herbicides. Notre tâche était de voir comment les plantes réagissaient. »

| Bio ou pas bio

À travers toutes ces expériences, Karine Ferguson estime que le fait de produire biologique ou pas relève presque d’un choix philosophique : « L’agriculture conventionnelle n’est pas toute mauvaise et l’agriculture biologique n’est pas toute géniale. C’est clair que pour les cultures biologiques, on essaye vraiment d’utiliser les processus naturels du sol, plutôt que d’ajouter des engrais synthétiques. Le sol peut retourner à des processus naturels comme la minéralisation et vraiment relâcher les nutriments pour les plantes. Elle est là, la grande différence.

« Dans les cultures biologiques aussi, les racines ont des meilleures relations. Il y a par exemple des mycorhizes, quand les champignons sont en relation symbiotique avec les racines, ce qui aide vraiment les plantes à couvrir plus d’espace dans le sol. Elles peuvent ainsi absorber plus de nutriments. »

Outre le choix entre ce qui n’est pas biologique et ce qui l’est, Karine Ferguson recommande surtout d’avoir son propre jardin, ou au moins de s’intéresser à l’origine de sa nourriture : « Il y a plein de produits qu’on consomme tous les jours qu’on ne peut pas faire pousser nous-même. Ce serait intéressant pour le consommateur de se demander quels produits il a vraiment besoin d’acheter dans un grand supermarché, et quels sont les produits qu’il peut trouver localement, ou produire luimême. »

| Éducation et agriculture

Aujourd’hui auxiliaire de classe à l’école Christine-Lespérance, Karine Ferguson voit bien la nécessité de combiner éducation et agriculture : « À l’école où je travaille, il y en a plein qui ont un téléphone intelligent. De nos jours, il y a une déconnexion entre notre environnement naturel et notre vie de tous les jours. On vit dans des grosses villes. On est souvent juste entourés de bâtisses. Alors avoir la chance de reconnecter avec notre environnement est vraiment important, surtout dans notre monde si concentré sur la technologie, les ordinateurs, les appareils portatifs et tout ça. »

Cet hiver, en plus de son travail principal, elle s’est rendue chaque samedi, comme bénévole, au Club des jeunes botanistes à la serre Sage Garden, au sud de Winnipeg : « J’aimerais mettre l’éducation et l’agriculture ensemble. À la serre, les enfants étaient âgés de cinq à 12 ans. Ils ont tellement aimé leur expérience. Je pense que c’est très important de donner déjà aux enfants des notions sur leur environnement. On avait un pot de terre, on plantait des graines de laitues. Les enfants les emmenaient avec eux à la maison, s’occupaient eux-mêmes de les arroser et pouvaient récolter la laitue.

« C’était le fun de les voir revenir tout excités. L’un d’entre eux, un jour, est revenu en s’exclamant : J’ai mangé ma laitue! L’activité les a vraiment aidés à comprendre que la nourriture qui est dans le supermarché ne tombe pas du ciel. Les aider à le comprendre est essentiel. »

Par ailleurs, bénévole à Fort Whyte Alive, Karine Ferguson travaille aussi avec des jeunes du secondaire. « Les adolescents peuvent aller récolter des oeufs, du basilic, des laitues, des feuilles de moutarde, et puis ils les amènent dans la cuisine. On prépare le repas tous ensemble, et puis on mange ensemble comme en famille.

« Je pense surtout qu’éduquer les jeunes à l’agriculture, c’est un moyen de les conscientiser à la protection de la planète. Sans agriculture, sans nourriture, on ne serait pas là. Comprendre d’où vient ta nourriture, ça fait partie de cette volonté de protéger l’environnement et s’occuper de notre planète. Je pense que tout est lié. »

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