Michel LAGACÉ

Au Manitoba, le Premier ministre, Brian Pallister, s’amuse depuis des mois à semer le doute sur la date de la prochaine élection provinciale. Il a commencé par annoncer qu’elle pourrait avoir lieu avant la date prévue dans la Loi électorale, soit le 6 octobre 2020. Puis il a prétendu que des Manitobains ne voulaient pas d’élections durant l’année du 150e anniversaire de la province. Il ajoute maintenant qu’une élection l’an prochain nuirait aux retombées économiques des festivités parce que la loi empêche le gouvernement provincial de faire la promotion de ses activités pendant 90 jours avant une élection.

Enfin, M. Pallister a prétendu faussement que le gouvernement ne pourrait pas réduire la taxe de vente de 8 % à 7 % le 1er juillet si l’Opposition retardait l’adoption de la loi d’exécution du budget jusqu’à l’automne. Car M. Pallister détient la majorité qu’il lui faut pour faire adopter cette mesure rétroactivement. La semaine dernière, il a annoncé avec le chef de l’Opposition, Wab Kinew, que la loi serait adoptée avant le 1er juillet. En retour, M. Pallister abandonnerait son plan d’éliminer le remboursement de la moitié des dépenses électorales des partis et des candidats. À l’avenir, 25 % de ces dépenses seront remboursées, et chaque parti devra récolter seulement 5 % des voix exprimées plutôt que 10 % pour y avoir droit.

Le résultat très modeste de ce compromis? Les partis politiques pourront recevoir un remboursement partiel de leurs dépenses éligibles aux prochaines élections, et la tactique de M. Pallister lui donne une marge de manoeuvre pour déclencher des élections quand son petit coeur partisan le désirera.

En Alberta, le Premier ministre désigné, Jason Kenney, a menacé de cesser les exportations de pétrole à la Colombie-Britannique si elle continuait de s’opposer à l’agrandissement du réseau Trans Mountain. Il éliminera la taxe provinciale sur le carbone et il menace d’organiser un référendum sur les paiements de péréquation, un programme qui permet au gouvernement fédéral de verser des fonds aux provinces moins nanties à même ses recettes générales.

Jason Kenney sait très bien que l’Alberta ne peut pas à elle seule faire avancer les travaux de construction de Trans Mountain. Il sait aussi que toute tentative de cesser les exportations vers sa province voisine serait contestée en cour et que la taxe fédérale sur le carbone est déjà devant les tribunaux. Il est tout aussi évident qu’un référendum albertain ne changerait rien au programme fédéral de péréquation.

Sa prédécesseure, Rachel Notley, avait échangé une taxe provinciale sur le carbone contre l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain. Jason Kenney s’oppose à cette taxe et il menace la Colombie-Britannique. Mieux, il propose un référendum. Il fait ainsi monter les enchères artificiellement pour en tirer le plus grand avantage pour sa province. Somme toute, il demeure fidèle à la tradition canadienne de marchandage politique. Là, au moins, la partie de poker.

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