Erika Fowler, 18 ans, gagnante du grand prix de la Chicane électrique en 2016, a aujourd’hui constitué un groupe avec trois musiciens et tente de se faire un nom dans le milieu de la musique à Winnipeg. Photo: Marta Guerrero.

Se faire un nom dans le milieu de la musique est un travail de longue haleine. Erika Fowler a gagné le grand prix de la Chicane électrique il y a trois ans. La jeune auteure-compositrice- interprète de 18 ans a beaucoup d’envies et d’espoirs, mais le travail ne fait que commencer avec son groupe.

Par Mathilde ERRARD

Elle arrive à la rédaction de La Liberté, guitare sur l’épaule. Son instrument et elle ne font qu’un depuis qu’elle a commencé à jouer, il y a neuf ans. Erika Fowler s’installe sur le fauteuil à l’entrée et joue les premières notes de Daydream, une nouvelle composition.

« Avec ma guitare dans les mains, je me sens plus à l’aise. Jouer devient très naturel. Je suis capable de faire passer plus d’émotions au public avec mon instrument. »

| La Chicane : un tremplin

Gagner la Chicane électrique a été un tremplin pour la jeune étudiante en première année à la Faculté de musique, à l’Université du Manitoba. Le grand prix lui a d’abord ouvert les portes d’un studio en juillet 2017. Depuis le concours, l’étudiante n’a pas pu accorder beaucoup de temps à l’écriture de nouvelles chansons. Priorité aux études.

« Cette année à la faculté, j’ai beaucoup de cours. Quand je rentre chez moi le soir, je suis épuisée. Mais la chanson est un métier à temps plein, donc à la rentrée prochaine, je compte suivre moins de cours. »

Depuis janvier dernier, Erika Fowler n’est plus seule sur scène. Elle s’est entourée d’un bassiste, Marco Freynet, d’un batteur, Luke Udod, et d’un pianiste qui joue du synthétiseur, Edouard Morin-Fournier. (1)

Avec son groupe qui porte pour le moment son nom, la jeune femme a dû faire évoluer son travail de création. « Je ne peux plus uniquement me soucier de moi-même. Je dois aussi tenir compte de mes trois autres partenaires, les écouter, écrire pour leur instrument, comprendre leurs envies et faire en sorte qu’on trouve un son tous ensemble. »

Et elle précise, « trouver LEson ». « Chaque artiste recherche sa spécificité. J’ai mes influences et il faut que je développe mon propre style, que le public se dise : Ce son m’est familier, mais il a quelque chose en plus que je n’ai jamais entendu avant. Qu’on ne pense pas simplement en me voyant sur scène : Elle chante bien, elle a une belle voix. Il faut qu’on reconnaisse un style particulier. J’ai donc arrêté les cours de guitare il y a deux ans. Je ne veux plus me contenter de la technique qu’on m’a apprise. »

Son style premier tourne autour du indie, du folk. Elle s’essaye aussi au classique et au jazz. Elle a également composé un titre en français, Oublié, présent dans son premier album, Stay.

| Ses inspirations?

Ses parents, tout d’abord. «Quand j’étais petite, ils écou – taient les musiques popu laires des années 1970, 1980 et 1990 comme Cat Empire et Simon and Garfunkel. »

Elle a aussi ses références : Boniface, un groupe de Winnipeg, Maggie Rogers ou encore Mumford and Sons, « la parfaite fusion entre le folk, la new wave et l’indie rock ».

En novembre 2018, Erika Fowler a enregistré quelques maquettes dans le studio d’un ami. « C’était des nouvelles chansons pour me tester et décider lesquelles pourraient être sur mon prochain album. Comparé à mon premier enregistrement, là j’ai le temps. Je peux me tromper, me réécouter. J’ai réalisé qu’une chanson, c’est comme un squelette : OK, la batterie doit arriver à ce moment-là, ici plus de basses, là le synthétiseur. »

Des nouveaux essais sont prévus dans les prochains mois.

Le Folk Festival est une manière de se faire connaître dans le milieu. Il existe un programme pour conseiller les musiciens qui démarrent dans le métier. Depuis quatre saisons, la jeune artiste en fait partie.

« J’y ai appris beaucoup sur le défi d’être un musicien, un compositeur. Des mentors m’ont guidée pour trouver mon son, pour savoir être ensemble sur scène et créer un bon son. C’est aussi une opportunité de jouer sur scène avec d’autres jeunes musiciens de Winnipeg, de faire des rencontres, d’échanger et de développer son réseau. »

Le réseau. Un outil indispensable pour espérer poursuivre dans la musique. La jeune fille a commencé à tisser le sien au fil du temps. La Chicane électrique lui a ouvert quelques portes et elle fait aussi partie de la communauté de Manitoba Music, basée à Winnipeg. « J’ai par exemple rencontré Olivia Lunny (2). Ça m’inspire et je me dis que moi aussi, je peux le faire. »

| Et l’avenir?

La chanteuse de 18 ans est déterminée à vivre de sa passion. « Je veux faire carrière avec ce que j’écris, avec mes mots. C’est dans ces moments-là que je suis la plus passionnée. »

Elle ajoute, en souriant : « Lorsque j’écris un morceau, il suffit qu’une personne me dise qu’elle aime ce que je fais, qu’elle ressent ce que j’ai voulu transmettre à travers mes mots, pour que je sois satisfaite. Ça me donne de l’espoir pour continuer. »

Rentrer dans le milieu fermé de la musique où peu de personnes réussissent à percer ne l’effraie pas : « Avec le streaming, on a la possibilité d’être écouté par plus de monde. »

Mais la jeune femme a tout de même des inquiétudes. « Ça va être difficile de vivre de mon métier. L’industrie de la musique et les plateformes de streaming récupèrent la majorité de l’argent perçu par les écoutes. »

Les morceaux de la jeune artiste sont disponibles sur une quarantaine de plateformes de streaming, dont Appelle Music, Spotify et Tidal. En 2018, elles lui ont rapporté 21 $.

(1) Ils se produiront au Good Will Social Club du 625, avenue Portage le 5 mai. Erika Fowler chantera aussi seule le 1er ma,i en première partie de Cole Shway, dans ce même lieu.

(2) Auteure-compositrice interprète née à Winnipeg, membre de Manitoba Music. Nominée aux Prix de la musique du Canada de l’Ouest dans la catégorie « Artiste pop de l’année » en mai 2018.

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