Par Michel LAGACÉ

Sans tambour ni trompette, l’Office régional de la santé de Winnipeg (ORSW) annonçait le 1er mars que le Centre de médecine familiale de Saint-Boniface situé au 400 Taché allait fermer ses portes le 1er juillet. Dans un communiqué de presse, l’ORSW n’offrait aucune explication de sa décision. Il s’empressait plutôt d’assurer les patients que tous les efforts nécessaires seraient déployés pour les transférer à d’autres établissements.

Les bonnes intentions affichées ne manquaient pas : tout changement serait effectué avec le moins de perturbations possible et l’engagement de l’ORSW à la formation de professionnels de soins de santé primaires demeurerait inchangé. Des grands responsables du système de santé ont emboîté le pas. Martine Bouchard, la PDG de l’Hôpital Saint-Boniface, a louangé la contribution des patients et des prestataires de services. José François du département de médecine familiale à l’Université du Manitoba est même allé jusqu’à assurer que la redistribution des ressources allait améliorer les occasions de formation.

Et pourtant, le Centre de médecine familiale a fait un réel travail de pionnier. Mis sur pied en 1973, il est le premier centre manitobain conçu pour assurer la formation interdisciplinaire de professionnels de la médecine familiale, regroupant médecins, garde-malades, diététistes, etc. Au fil du temps et grâce à l’engagement de son personnel, il est même devenu un centre d’excellence reconnu pour ses travaux de recherche, ses publications et le leadership administratif que ses membres ont fourni au système de santé du Manitoba. Il recevait environ 5 000 patients par année.

Les professionnels de la santé, les patients, leurs proches et le grand public n’ont plus d’autre choix que d’accepter des décisions inexpliquées, annoncées avec des formules convenues qui se veulent rassurantes mais qui sont déroutantes. Cette façon de faire mène à la confusion et au ressentiment. Comment mieux dire au personnel que leur travail n’est pas valorisé que de les mettre devant un fait accompli irrévocable? L’incertitude provoque l’angoisse chez ceux et celles qui se préoccupent de leur avenir, de leur emploi et de leur gagne-pain. Le moral des employés est durement affecté, le lien de confiance avec l’employeur est mis à rude épreuve et les patients vulnérables s’interrogent sur l’avenir de leurs soins.

L’élimination du Centre de médecine familiale de Saint-Boniface n’est qu’un exemple des changements imposés unilatéralement qui sont en train de transformer le système de santé au Manitoba. Des décisions prises sans dialogue, dans une logique insaisissable, n’inspirent aucune confiance. Le personnel et les patients du Centre demandent à être traités avec respect, à être consultés et entendus, alors qu’ils doivent faire le deuil d’une culture mise en place pendant plus de quatre décennies. Au milieu de tant de changements, il est essentiel d’agir humainement. Sinon, ironie suprême, on risque de rendre des gens déjà fragilisés encore plus malades, alors qu’on prétend vouloir mieux les soigner.

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