par Sophie GAULIN

Il y a 50 ans, le 14 mai 1969, Pierre Elliott Trudeau réformait le Code criminel du Canada et décriminalisait les actes homosexuels entre hommes consentants de 21 ans et plus. Sa célèbre citation tirée d’un éditorial du Globe and Mail résume bien le sens de son action politique : « L’État n’a rien à faire dans les chambres à coucher de la nation ».

Sa décision faisait suite à l’affaire Everett George Klippert. L’homme avait été arrêté le 16 août 1965 dans les Territoires du Nord-Ouest. Lors d’un interrogatoire touchant un incendie criminel, il avait fini par admettre avoir eu des relations sexuelles avec quatre hommes. Il n’a pas fallu bien longtemps pour dégager Everett George Klippert de l’accusation d’incendie qui pesait contre lui au début de l’interrogatoire. Mais son vrai crime, c’était d’être homosexuel dans les années 1960 au Canada.

Plaidant coupable à quatre chefs d’accusation de « grossière indécence », il est condamné à trois ans de prison. Sa soeur Leah, qui lui vouait un amour quasi maternel, a fait appel de cette décision qui aboutit en Cour suprême du Canada. Dans l’un des verdicts (trois voix contre deux) les moins humains de l’histoire de l’ultime instance juridique, Everett Klippert a été condamné à la prison à vie le 7 novembre 1967.

Le projet de loi omnibus du gouvernement canadien a donc fait de Everett George Klippert la dernière personne au Canada à être arrêtée, inculpée, poursuivie, condamnée et emprisonnée pour son homosexualité. Le prisonnier ne retrouva sa liberté qu’en 1971, soit deux ans après l’adoption de la Loi qui décriminalise les actes homosexuels.

Aujourd’hui, le combat contre les tabous et les préjugés est loin d’être fini. Bien du travail reste encore à faire. Une étude menée par la Fondation Jasmin Roy en 2017 indique que 19 % des Canadiens interrogés ne se sentent pas à l’aise en présence d’homosexuels ou bisexuels. Ils sont 40 % lorsqu’on parle de personnes transgenres.

Pour combattre cette intolérance persistante, les médias continuent de jouer leur rôle fondamental : informer. En effet, comment mieux déconstruire les préjugés, souvent fondés sur les croyances ou l’ignorance, qu’en s’appuyant sur des faits, qu’en donnant la parole à des personnes directement touchées? C’est le rôle qu’endosse La Liberté en publiant cette édition spéciale sur le 50e anniversaire de la décriminalisation de l’homosexualité. C’est aussi à travers sa série Ma vie transgenre que votre hebdomadaire a tenu depuis quelques mois à sensibiliser ses lectrices et ses lecteurs sur les enjeux, les succès et les embûches que vivent les personnes en transition de genre.

Nous sommes convaincus que raconter des histoires de vie des personnes LGBTQ+, que revenir à travers des regards d’experts sur les faits historiques qui ont influencé et continuent d’influencer leur histoire ne peut que contribuer à ouvrir les esprits et participer ainsi à un meilleur vivre-ensemble.

C’est justement dans cet esprit du ‘’ensemble’’ que la rédaction toute entière, les infographistes, l’administration, tous les employés de La Liberté et ses collaborateurs se sont mis à la tâche pour vous offrir un tout premier numéro spécial dans l’histoire de La Liberté depuis 1913. Un numéro qui restera dans les annales tant pour son thème, la décriminalisation de l’homosexualité, que pour son contenu informatif et humainement émouvant. Une édition sous le double signe du respect et de l’ouverture.

Bonne lecture!

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