Par Michel LAGACÉ

La décision semble être arrivée de nulle part, sans préavis public, sans consultation et sans discussion. Début avril, les trois conseillers du Comité communautaire Riel ont décidé que le parc Royalwood porterait dorénavant le nom de l’ancienne députée fédérale de Saint-Boniface, Shelly Glover. Interrogé sur les motifs de cette décision, le conseiller de Saint-Vital, Brian Mayes, a affirmé que le geste s’imposait puisqu’il était important d’honorer la mémoire de femmes politiques et, de plus, l’ancienne députée demeure près du parc. Mathieu Allard, le conseiller de Saint- Boniface, croit qu’il est important de reconnaître ceux et celles qui ont fait une contribution importante à la vie publique.

Indépendamment des mérites de l’ancienne députée de Saint- Boniface, comment se fait-il que trois conseillers peuvent d’euxmêmes décider de l’importance des personnes, des lieux et des évènements qui seront commémorés? Leurs décisions auront des effets longtemps après la fin de leurs carrières politiques, mais leurs caprices ne survivront pas nécessairement au passage du temps.

Parce que des décisions à long terme méritent beaucoup de réflexion, le Canada s’est doté, en 1919, d’une Commission des lieux et monuments historiques. Elle conseille le gouvernement fédéral sur la commémoration des personnes, des lieux et des évènements qui ont marqué l’histoire du pays. Ses processus, ses critères et ses lignes directrices évoluent avec le temps, mais servent toujours à guider ses recommandations.

Choisir qui ou quoi commémorer exige des critères cohérents. Par exemple, la Commission invite les suggestions du public et stipule que, sauf pour les Premiers ministres, seules les personnes décédées depuis au moins 25 ans peuvent être désignées à titre de « personnage historique national ». Le principe est solide car seul le passage du temps et des évènements peut permettre aux spécialistes et au public de discerner ce qui est digne de commémoration.

C’est justement pour établir un processus ordonné que le maire de Winnipeg, Brian Bowman, a lancé un appel au grand public en janvier dernier pour établir une politique sur la commémoration des personnes et des évènements dans la ville. Dans le cadre du processus de réconciliation avec la population autochtone, il souhaite que les perspectives et les contributions des Premières Nations, des Métis et des Inuits soient honorées sur la place publique.

Malheureusement, la décision arbitraire et peu réfléchie des trois conseillers vient de faire fi des propos du maire plutôt que de les appuyer. Sans recul, sans critères et sans processus, sans recherches ni consultation, les conseillers improvisent. Il incombe au maire d’aller au bout de la logique de son initiative et d’établir un processus crédible et cohérent pour choisir les personnages, les lieux et les évènements à commémorer. La Ville de Winnipeg peut et doit s’acquitter de cette tâche aussi bien que le gouvernement fédéral le fait au niveau national.

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