La chanteuse franco-américaine Cécile McLorin Salvant sera de passage à Winnipeg le 18 juin pour JazzFest X CMHR. Photo : Mark Fitton.

Pour sa trentième année, le Jazz Fest Winnipeg organise un concert spécial au Musée canadien pour les droits de la personne, avec Cécile McLorin Salvant en tête d’affiche. La chanteuse franco-américaine, qui fêtera aussi ses 30 ans dans l’année, détient déjà trois Grammy Awards. Portrait d’une artiste avant tout. (1)

Par Morgane LEMÉE

Née en Floride, d’une mère française et d’un père haïtien, Cécile McLorin Salvant a passé sa vie entre les États-Unis et la France.

« Le français reste ma première langue. On parlait toujours français à la maison. J’allais en France tous les ans, durant les étés et à Noël aussi. Je me sens très connectée à la France, c’est certain. »

C’est d’ailleurs dans ce pays qu’elle a fait ses études supérieures : une classe préparatoire en science politiques, en parallèle de ses cours de jazz, chant lyrique et chant baroque au conservatoire d’Aix-en-Provence.

Bien qu’elle se soit tournée vers la musique, parce qu’on lui « avait dit de le faire », Cécile McLorin Salvant est une artiste dans l’âme.

« J’ai toujours aimé la musique. En fait, j’ai toujours aimé l’art. Toute expression artistique me fascine. La musique n’est qu’une petite partie de ma passion pour l’art et la culture. J’aime la littérature, la poésie, la sculpture, la danse, le théâtre. J’aime surtout l’art visuel. Je fais pas mal de dessin et de travail sur textiles. La chose qui me passionne le plus et quand je ne vois pas le temps passer, c’est quand je dessine. »

« Je pense que je fais de la musique, parce que ça me permet de toucher à plein de choses en même temps. Toutes mes couvertures de disque, c’est moi qui les fais. Et il y a finalement pas mal de théâtre dans la musique, dans ses histoires. La musique a été un moyen de réunir mes passions en une. »

La carrière musicale de Cécile McLorin Salvant se concrétise quand elle commence à chanter avec son professeur de jazz au conservatoire, Jean-François Bonnel, avec qui elle a sorti son premier album en 2010, Cécile & the Jean-François Bonnet Paris Quintet.

« Cet album, c’est ma mère qui m’a aidée à le financer. C’était autoproduit. C’était surtout un album pour démarcher, pour avoir des dates, faire des concerts. Et je pense que ça a marché. Ça m’a permis de faire des petits concerts à Paris et dans des festivals, de monter la chose petit à petit. »

Le moment tournant de sa carrière? La même année, lorsqu’elle est lauréate du premier prix du concours international de jazz vocal Thelonious Monk, aux États-Unis.

« Ça a ouvert plein de portes. J’ai rencontré Jacky Terrasson, un pianiste de jazz connu en France, qui m’a invitée à chanter sur son disque. Beaucoup de portes se sont ouvertes pour moi après ça. »

Et d’ailleurs, pourquoi le jazz? « J’aime beaucoup la complexité rythmique du jazz. J’aime beaucoup le son aussi. C’est peut-être quelque chose qui ne s’explique pas. Le jazz est une musique assez poreuse, qui donne pas mal de possibilités. C’est un genre dans lequel je peux réunir différentes choses. Je chante parfois des airs d’opéra, de chanson française, des airs baroques ou de musique folklorique américaine. On peut se permettre de faire pas mal de choses. »

Il y a aussi l’improvisation et le dialogue avec les musiciens, un élément fondamental dont Cécile McLorin Salvant ne pourrait se passer.

« Sans le dialogue avec les musiciens, je pense que je m’ennuierais beaucoup. Je ne pense pas que ce soit particulièrement propre à ce style musical, ça se retrouve dans d’autres styles, mais le jazz est certainement connu pour ça. Ce qui est sûr, c’est que cet élément de dialogue fait absolument partie de moi, de qui je suis. »

À à peine 30 ans, Cécile McLorin Salvant a déjà gagné trois Grammy Awards du meilleur album de jazz vocal, dont le dernier en 2019 pour son album The Window.

« Je me sens hyper chanceuse. Mais dans ma vie, personnellement, je ne pense pas que ça change grand-chose. En tout cas, je fais tous les efforts pour ça. Un prix, pour moi, ce n’est pas indicateur de talent, ni de travail. C’est indicateur d’autre chose. D’une certaine validation du public ou de l’Académie. »

En attendant, Cécile McLorin Salvant s’est bel et bien fait une place sur la scène internationale du jazz. Va-t-elle continuer dans cette sphère?

« Je ne sais pas. Ce qui est sûr, c’est que j’ai envie d’écrire beaucoup plus et de trouver plus de façons d’incorporer toutes les différentes choses qui m’intéressent, que ce soit les différents genres de musique, les différentes formes d’art ou façons d’écrire, les langues que je connais, et de ne pas être prisonnière des catégories qu’on met sur toutes ces choses. D’être un peu plus libre. »

(1) JazzFest X CMHR : une soirée immersive de plusieurs scènes de concerts au Musée canadien des droits pour la personne, le 18 juin, de 17 h 30 à 23 h. Plus d’informations sur www.jazzwinnipeg.com.

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