Par Michel LAGACÉ

Lorsque Brian Pallister a annoncé la semaine dernière que le gouvernement provincial ne publierait plus d’annonces qui pourraient être considérées partisanes, il a tourné en dérision les lois électorales du Manitoba. La Loi sur les élections prévoit que les prochaines élections au Manitoba devraient avoir lieu le 6 octobre 2020. Quant à la Loi sur le financement des élections, elle interdit aux ministères et aux organismes de la Couronne de publier des renseignements sur leurs programmes et leurs activités pendant les 90 jours qui précèdent le jour du scrutin « dans le cas d’élections à date fixe ». Or cette clause de la Loi ne s’applique pas si M. Pallister déclenche des élections en 2019. M. Pallister en improvise ainsi une interprétation qui ne tient pas la route.

Pis encore, M. Pallister prétend se conformer à « l’esprit de la loi ». Au contraire! Le gouvernement fédéral et toutes les Provinces et Territoires sauf la Nouvelle-Écosse et le Yukon ont opté pour des élections à date fixe pour la même raison : il s’agit d’établir des règles du jeu équitables en empêchant le parti au pouvoir de précipiter des élections lorsqu’il juge que le moment lui est favorable. Déclencher des élections prématurément, c’est contourner l’esprit de la loi dont l’intention est de limiter la capacité du gouvernement d’abuser de son pouvoir pour assurer sa réélection.

Depuis la fin de 2018, M. Pallister a avancé plusieurs prétextes pour précipiter des élections et aucun n’est convaincant. L’excuse concoctée la plus bizarre serait que les Manitobains ne voudraient pas entacher les célébrations du 150e anniversaire de la fondation de la province en 2020 avec une campagne électorale. Comme si les Manitobains ne pouvaient pas marquer cet anniversaire et aller aux urnes durant la même année!

Même si M. Pallister n’a pas encore annoncé la date d’une élection, il lui serait maintenant difficile de ne pas en déclencher une cet été. Il a remercié tous les députés qui ne se présenteront pas aux prochaines élections. Il a limité les annonces sur les activités du gouvernement. Il a aussi annoncé qu’il réduirait la taxe de vente d’un point de pourcentage à partir du 1er juillet cette année, alors qu’il aurait pu attendre à l’an prochain et utiliser les 325 millions $ ainsi récoltés pour se vanter d’avoir réduit le déficit.

Bref, M. Pallister n’a pas encore formulé une raison crédible pour une élection anticipée qui pourrait avoir lieu cinq ou six semaines avant les élections fédérales du 21 octobre. Il bafoue l’esprit et l’intention des lois actuelles. Il fait preuve d’un opportunisme inexplicable étant donné que les partis d’opposition demeurent faibles et mal financés. Il ne risque aucune sanction de la part de l’électorat dont il encourage le cynisme. Loin de respecter l’esprit de la loi, il s’autorise toutes les manigances politiques qu’elle lui permet.

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