par Michel LAGACÉ

Ce qui devait arriver arriva. Après avoir passé des mois à jouer au chat et à la souris avec l’électorat manitobain, Brian Pallister a finalement annoncé qu’une élection générale aura lieu le 10 septembre, six semaines avant la prochaine élection fédérale. Ayant tenté sans succès depuis la fin de 2018 de justifier une élection anticipée, le Premier ministre n’a même pas offert d’explication de sa décision lorsqu’il a fait son annonce. Il ne reste que ses caprices personnels ou son opportunisme pour expliquer sa volonté de bafouer la Loi électorale du Manitoba en précipitant une élection qui aura lieu 13 mois avant la date qu’elle prévoit.

Brian Pallister prétend que son annonce démontre son engagement à un processus juste, ouvert et transparent. Or la réalité est toute autre. Loin de respecter l’intention de la Loi, il va directement à son encontre, puisque cette Loi a pour but d’empêcher le parti au pouvoir de précipiter des élections lorsqu’il juge que le moment lui est favorable. Brian Pallister se heurte maintenant à l’exigence que les élections soient tenues entre 28 et 34 jours après qu’elles sont déclenchées officiellement en demandant la dissolution de l’Assemblée législative. Il va donc retarder cette démarche pour se conformer techniquement à la Loi mais, le 19 juin, il a effectivement déclenché une campagne électorale de 82 jours.

La prétention de Brian Pallister de se conformer à l’esprit de la Loi tout en faisant le contraire n’inspire aucune confiance et alimente le cynisme de l’électorat. Déjà, un mandat de quatre ans laisse peu de temps pour mettre en place des initiatives importantes et pour permettre à l’électorat de porter un jugement sur la performance du gouvernement. En écourtant la période entre les élections, Brian Pallister se condamne à agir à court terme quand ses initiatives peuvent seulement être réalisées à long terme. La réforme du système de santé en est un exemple probant : le chaos actuel entourant la fermeture de trois salles d’urgence à Winnipeg reflète l’impératif politique d’atteindre des résultats rapidement, alors qu’un processus ordonné à plus long terme pourrait donner des résultats beaucoup plus satisfaisants, tant pour le public que pour les employés. Aujourd’hui, le gouvernement, loin de faire preuve de compétence, semble tituber d’une crise à l’autre.

Peu importe les résultats du scrutin le 10 septembre, Brian Pallister aura inutilement terni son image et miné sa propre crédibilité en se prêtant à la politicaillerie qu’il semble privilégier. Ce qu’il fait n’est pas illégal au sens de la Loi,mais il effrite son autorité morale de gouverner avec des manoeuvres qu’aucun sens d’honneur ne permettrait. En banalisant les hautes fonctions qu’il occupe, Brian Pallister révèle que, loin d’être un homme d’État, il se contente de laisser l’opportunisme et l’arrogance le guider dans l’exercice de son métier.

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