Par Michel LAGACÉ

Outre l’immigration et la refrancisation, l’immersion est devenue depuis une vingtaine d’années un des moyens privilégiés d’agrandir l’espace francophone au Manitoba. Fini le repli sur soi, longtemps considéré comme la meilleure défense contre l’assimilation et l’anéantissement de la francophonie. L’immigration enrichit le pays tout entier et les écoles d’immersion accueillent de plus en plus d’élèves à chaque année.

La Loi sur l’appui à l’épanouissement de la francophonie manitobaine est venue entériner cette évolution en 2016. Elle propose une définition large de la francophonie en incluant les personnes de langue maternelle française et «les personnes qui possèdent une affinité spéciale avec le français et s’en servent couramment dans la vie quotidienne même s’il ne s’agit pas de leur langue maternelle.»

Cette définition dépasse de loin l’ancienne notion de francophones «de souche» et invite tous ceux et celles qui ont «une affinité spéciale avec le français» de se sentir inclus. Un exemple de cette diversité grandissante de la francophonie s’est manifesté à la fin de 2019 lorsqu’une étudiante dont les parents sont immigrants polonais a soutenu une thèse de doctorat en français à l’Université du Manitoba.

Michelle Keller n’a pas emprunté le parcours traditionnel de l’école française suivie de l’Université de Saint-Boniface. Diplômée du programme d’immersion du Miles Macdonell Collegiate, elle a étudié le français et la psychologie à l’Université du Manitoba. En 2013, sa thèse de maîtrise, rédigée en français, portait sur la perception des anglophones, des francophones et des Métis que véhiculaient La Liberté et le St. Boniface Courier / Le Courrier de Saint-Boniface entre 1970 et 1974.

Puis en décembre 2019, elle a soutenu avec succès, toujours en français, sa thèse de doctorat qui examinait les stratégies mises en oeuvre entre 1910 et 1960 par des associations et des organismes culturels pour refranciser les jeunes de la Saskatchewan et du Manitoba.

En rédigeant ses deux thèses, Michelle Keller a contribué à une meilleure connaissance de la francophonie manitobaine. Plus encore, pour s’intégrer à la francophonie, elle a participé à de nombreuses activités culturelles en français et au Conseil jeunesse provincial. Aujourd’hui, après avoir poursuivi de longues recherches au Centre du patrimoine, elle est vice-présidente du conseil d’administration de la Société historique de Saint- Boniface et préside son comité de gouvernance.

De par ses études supérieures, son bénévolat et sa participation aux activités culturelles, Michelle Keller incarne une facette de la nouvelle francophonie, celle venue par l’immersion. Mieux encore, les thèses qu’elle a rédigées au cours de ses études confirment que le repli sur soi est chose du passé et que toute personne douée d’une «affinité spéciale avec le français» peut être appelée à participer à la francophonie contemporaine.

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