Par Michel LAGACÉ

En prenant la parole en conférence de presse vendredi dernier, le Premier ministre Justin Trudeau a choisi dès le départ d’ignorer le problème de fond qui a mené au bras de fer entre les chefs héréditaires de la nation Wet’suwet’en et la Gendarmerie royale du Canada. (1) Il a annoncé plutôt qu’il voulait parler de la « crise ferroviaire » au Canada.

Pourtant, le vrai problème se situe à un tout autre niveau : il s’agit de la nature et de l’étendue des droits des peuples autochtones au Canada. La confrontation entre la GRC et les Wet’suwet’en a provoqué des blocages de solidarité dans d’autres provinces. Et puisque le système de transport au Canada tel qu’il est conçu exige un fonctionnement sans interruption, ces blocages s’avèrent un moyen efficace de protestation parce qu’ils causent quasi immédiatement des problèmes sérieux d’approvisionnement.

Durant sa conférence de presse, M. Trudeau en est quand même arrivé à reconnaître que la crise était ancrée dans des torts historiques. Et c’est là le point de départ d’une réconciliation des peuples autochtones avec l’ensemble de la population canadienne.

Si M. Trudeau a au moins tenté de mettre la crise en Colombie- Britannique en perspective, d’autres chefs politiques ont fait preuve d’une lâcheté remarquable, préférant la démagogie à la recherche de solutions. Andrew Scheer, le chef des Conservateurs, a insisté sur les conséquences économiques des blocages ferroviaires et exigé que la loi soit respectée. Interrogé sur la façon de faire respecter la loi, il a choisi le silence, tout comme le Premier ministre du Québec, François Legault. Ces deux hommes et les élus de leur acabit savent que faire respecter la loi dans les circonstances actuelles veut dire utiliser les forces policières et inviter des actes de violence, comme à Oka en 1990 et à Ipperwash en 1995.

L’impasse qui entoure le projet de Coastal GasLink sur le territoire des Wet’suwet’en oblige la classe politique du Canada à affronter le problème de fond : le respect des droits autochtones face aux impératifs du développement économique.

Qu’on se le dise, alors : le Canada n’est pas aux prises avec une « crise ferroviaire », mais avec une exigence fondamentale d’équité et d’honnêteté. Car ce sont ces valeurs qui dicteront comment les Canadiens eux-mêmes choisiront de se réconcilier avec leur histoire et qui décideront du legs dont les générations futures hériteront.

Et si leur réponse est inadéquate, le conflit actuel pourrait bien n’être qu’une autre répétition pour les crises à venir.

(1) L’entreprise Coastal GasLink a obtenu en décembre 2018 une injonction pour forcer les opposants à son projet de gazoduc à cesser de bloquer l’accès au site des travaux sur le territoire des Wet’suet’en Colombie-Britannique. La Gendarmerie royale du Canada agit comme police provinciale dans la province.

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