Par Michel LAGACÉ

Le Premier ministre du Manitoba, Brian Pallister, a révélé les grandes lignes de sa stratégie pour faire face aux ravages économiques causés par la COVID- 19. Il s’inscrit à contrecourant de tout ce que font ses homologues provinciaux et fédéral. Il propose de couper le financement accordé aux organismes non gouvernementaux qui fournissent des services à la population si ces services ne sont pas jugés essentiels au combat contre la pandémie. Il se dit prêt à congédier des fonctionnaires provinciaux. Il demande aussi aux sociétés de la couronne et aux institutions d’enseignement de prévoir des réductions jusqu’à 30 % de leur financement au cours des quatre prochains mois.

Bref, le gouvernement provincial cherche à protéger sa position fiscale plutôt que d’injecter des fonds dans une économie chancelante. Il va à l’encontre de ce que l’histoire économique des pays occidentaux a démontré au 20 siècle. C’est la stratégie funeste adoptée par les gouvernements canadiens et américains durant la dépression des années 1930. Quand John Maynard Keynes a publié The General Theory of Employment, Interest and Money en 1936, ses théories ont fini par convaincre les gouvernements d’encourir des déficits en temps de récession pour relancer l’économie. C’est ce qui a été fait après la Seconde Guerre mondiale et durant d’autres crises économiques subséquentes dont celle de 2008-2009.

Aujourd’hui, M. Pallister refuse obstinément d’entendre les leçons du passé et s’enfonce dans une logique du début des années 1930 quand les gouvernements étaient plus préoccupés par le déficit que par le bien-être d’une population économiquement menacée. Il prétend qu’il y a deux groupes de travailleurs dans la société : ceux qui sont essentiels et ceux qui ne le sont pas. Or plus que jamais, la société a besoin de toute personne qui affronte une crise sanitaire mondiale. Plus que jamais, la société continue d’avoir besoin d’établissements scolaires qui forment les citoyens et la main-d’œuvre de l’avenir. Nous avons besoin de conserver les organismes à but non lucratif qui fournissent des services que le gouvernement n’offre pas.

D’évidence, M. Pallister fait preuve d’un manque de vision flagrant en se repliant sur une position idéologique qu’aucun économiste sérieux ne pourrait entériner. Quelle vision de la société a-t-il au-delà de l’étroite situation fiscale du gouvernement du Manitoba? Et nous, voulons-nous vraiment une société dans laquelle nous prenons soin les uns des autres, ou souhaitons-nous une société qui perpétue la misère et l’insécurité économiques?

En fin de compte, c’est le citoyen qui est chargé de faire un travail essentiel, celui d’assurer que la solidarité sociale et la dignité humaine l’emportent sur les mots d’ordre et les clichés discrédités du passé. M. Pallister nous empêche de faire notre devoir de citoyen. Il nous incombe à tous d’assurer que la société qui émergera après la crise sanitaire privilégiera les valeurs humaines qui sont à la base d’une société saine et équitable.

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